
Jamais encore un marin n’était parvenu à mener à bien, en multicoque et en solitaire, un tour du monde à l’envers. Parti le 23 décembre 2025, Guirec Soudée, skipper de l’Ultim MACSF, un trimaran de 31 mètres, a franchi la ligne d’arrivée entre le cap Lizard et Ouessant (Finistère), samedi 28 mars dans la matinée.
Le navigateur de 34 ans a achevé cette circumnavigation à contre-courant des vents dominants en 94 jours, 21 heures et 58 minutes, améliorant ainsi de plus de 27 jours le précédent temps de référence. Celui-ci avait été établi en 2004 par l’Amiénois Jean-Luc Van Den Heede, en 122 jours et 14 heures sur son monocoque Adrien (25 m).
Avant Guirec Soudée, seuls trois navigateurs et une navigatrice, tous en monocoque, avaient réussi à boucler en solitaire un tel voyage, réputé plus exigeant qu’un tour du monde dans le sens classique, d’est en ouest, comme le Vendée Globe. Le Breton est cependant le premier à le réussir en multicoque, après les échecs d’Yves Le Blévec en 2017, puis de Romain Pillard et Alex Pella en 2022. « C’est un défi qui m’impressionne et que je n’aurais jamais été capable de relever, je pense », a d’ailleurs confié Thomas Coville, récent vainqueur du Trophée Jules-Verne et détenteur du record du tour du monde en équipage (40 jours, 10 heures et 45 minutes).
Le nouveau temps de référence de Guirée Soudec s’est construit dans l’adaptation permanente. « Quand je suis parti, c’était la première fois que je me trouvais seul sur ce type de bateau. Il y a des moments compliqués… J’ai parfois dû rallonger la route à cause de la météo », expliquait-il en mer. Après le cap Horn, en janvier, il avait notamment choisi de remonter très au nord, loin de la route la plus directe, afin d’éviter des conditions trop rudes et de préserver son trimaran, plus rapide mais aussi plus instable et plus fragile qu’un monocoque dans ce type de navigation.
Une vie de défis
Le marin a également dû composer avec un safran tribord – une partie du gouvernail – endommagé après une collision avec un filet de pêche, peu avant le cap de Bonne-Espérance. Cette avarie avait failli compromettre sa tentative. Mais jusqu’ici, Guirec Soudée est toujours allé au bout des défis qu’il s’est fixés.
A 34 ans, ce père de deux enfants n’en était pas à sa première aventure. Vingt-troisième du dernier Vendée Globe, il a grandi sur l’île d’Yvinec, dans les Côtes-d’Armor. A 20 ans, il utilise son argent gagné lors de petits boulots en Australie pour acheter un vieux voilier en acier, et part pour un tour du monde de cinq ans. Il finance ses escales en s’improvisant serveur ou livreur. Lors de ce voyage, il embarque une passagère inattendue : une poule, baptisée Monique, offerte lors d’une escale aux Canaries.
En racontant cette vie de mer sur les réseaux sociaux à travers un carnet de bord vidéo, Guirec Soudée se fait progressivement connaître du grand public. Les œufs de Monique l’aident notamment à tenir pendant plus de quatre mois d’hivernage au large du Groenland, où son bateau se retrouve prisonnier des glaces.
Insatiable, il enchaîne ensuite, en 2020 puis en 2021, deux traversées de l’Atlantique à la rame et en solitaire : d’abord d’est en ouest, en 74 jours, puis d’ouest en est, en 107 jours. Parti de Brest en décembre avec l’objectif de boucler ce tour du monde en moins de 100 jours, Guirec Soudée a relevé son défi avec brio.

