• Face à la hausse des prix de l’énergie, le gouvernement de Sébastien Lecornu refuse pour l’instant de prendre des mesures.
  • Contrairement à certains de ses voisins européens, aucune baisse de taxe, notamment sur les carburants, n’est envisagée.
  • Pourquoi ? On s’est penché sur la question.

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Guerre au Moyen-Orient : les prix des carburants et du gaz s’envolent

Pour l’instant c’est toujours non. Alors que plusieurs de ses voisins ont pris des mesures ces derniers jours, pour amortir la flambée des prix de l’énergie causée par l’intensification des attaques au Moyen-Orient contre les installations énergétiques, la France se refuse pour le moment à toute baisse des taxes, notamment sur les carburants. 

« Le scénario d’une baisse des taxes », qui représentent 50 à 55% du prix à la pompe, « n’est pas envisagé à l’heure où on se parle », a affirmé sur BFMTV, jeudi, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, également chargée de l’énergie. Même son de cloche pour les consommateurs de gaz, qui devraient subir une hausse de leur facture au 1ᵉʳ mai. Pourquoi un tel refus ? Un mot : budget.

Contrainte budgétaire

Le gouvernement de Sébastien Lecornu agit en effet dans un contexte difficile, astreint à la discipline budgétaire. Et une baisse des taxes ou un coup de pouce, à l’image de ce qui avait été fait dans la foulée de l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, semblent impossibles à tenir pour les finances publiques.

Selon les calculs du Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap), le bouclier tarifaire mis en place à l’époque, qui avait notamment permis de contenir l’inflation, a coûté 110 milliards d’euros sur les deux années 2022 et 2023 (nouvelle fenêtre), creusant le déficit public.

« Nous n’avons plus les moyens du ‘quoi qu’il en coûte' » comme pendant la pandémie de Covid, alors que le gouvernement s’est engagé à réduire son déficit public à 5% du produit intérieur brut (PIB), a souligné Maud Bregeon, en rappelant avoir fait « le choix » dans le budget 2026 de « ne pas augmenter » les impôts des ménages.

Concernant la hausse du coût du gaz, le gouvernement argue également que la hausse des tarifs attendue en mai interviendra dans une période où les besoins de chauffage seront moindres, alors qu’une hausse aux alentours de 15% (nouvelle fenêtre) est anticipée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). 

Pour les prix de l’électricité, Bercy précise que la France est « moins exposée à la variation des prix du gaz grâce au mix nucléaire/énergies renouvelables », alors que la production pour ce vendredi 20 mars se répartit (nouvelle fenêtre) ainsi : 58% issu du nucléaire, 26% du solaire, 8% de l’hydraulique, 4% pour l’éolien, 2% pour le gaz, et 2% pour les bioénergies.

Les entreprises sous surveillance

Au-delà de la question des particuliers, le gouvernement surveille particulièrement la situation pour les secteurs les plus touchés comme les pêcheurs ou les transporteurs. Jeudi, une réunion déjà prévue sur l’énergie s’est tenue en fin de matinée à Matignon autour de Sébastien Lecornu et plusieurs ministres, dont Maud Bregeon, Serge Papin (Commerce) et Roland Lescure (Économie), pour faire « un point d’étape », selon l’entourage du Premier ministre, et « poursuivre les efforts pour contenir les hausses » de prix. 

Une autre réunion, de suivi cette fois, s’est également tenue avec les représentants des filières industrielles, qui a permis, selon le ministère de l’Industrie, « de confirmer la solidité » du « tissu industriel » face à la crise. « La vigilance reste toutefois de mise face aux tensions sur les prix des matières premières et de l’énergie, qui pèsent sur la trésorerie des entreprises. Cette crise rappelle la nécessité d’accélérer les efforts engagés, notamment en matière d’électrification, de sécurisation des intrants critiques et de renforcement de nos capacités industrielles stratégiques », indiquent encore les services de Sébastien Martin.

 

Malgré cette position, le gouvernement doit faire face à une pression politique, à l’image du RN qui réclame de sortir la France « des mécanismes européens de fixation des prix de l’énergie, limitant ainsi l’impact des prix du gaz sur ceux de l’électricité » et de baisser « les taxes sur le carburant ». Des propositions récurrentes que l’exécutif a déjà écartées en les jugeant « démagogues » et dispendieuses. 

Le Parti socialiste et les Écologistes demandent pour leur part des aides pour les plus fragiles. Si la crise « devait durer », le gouvernement est « prêt à faire évoluer les dispositions déjà prises », avait assuré le Premier ministre la semaine dernière en recevant les partis politiques sur le conflit.

Annick BERGER

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