- Le marché immobilier reprend doucement des couleurs.
- Mais les acheteurs deviennent de plus en plus difficiles.
- Les explications d’Élodie Fremont, notaire à Paris.
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Investir dans l’immobilier
Le marché retrouve son rythme de croisière. En 2025, les notaires ont enregistré 921.000 ventes dans l’ancien (nouvelle fenêtre) pour une augmentation de 11% des transactions immobilières. Si les prix restent globalement stables, la hausse de l’apport et les fortes disparités territoriales continuent d’exclure de nombreux ménages de l’accession à la propriété (nouvelle fenêtre).
Un baromètre (nouvelle fenêtre), réalisé conjointement par le comparateur Meilleurtaux et Leboncoin Immobilier montre que les délais entre la publication et la suppression d’une annonce immobilière (nouvelle fenêtre) se maintiennent à des niveaux élevés à 61 jours en moyenne. L’enquête précise que ces délais impactent de nombreuses grandes villes à l’instar de Bordeaux (59 jours) ou Strasbourg (57 jours). Dans d’autres villes, comme Le Havre, Perpignan ou Nîmes, ce délai s’allonge par rapport à l’an dernier. Élodie Fremont, notaire à Paris et présidente de la commission statistique immobilière de la chambre des notaires du Grand Paris, le constate dans son cabinet. Elle détaille pour TF1info comment les acheteurs mettent en difficulté les vendeurs.
Les vendeurs ne se disent pas sereins jusqu’au jour de la vente
Les vendeurs ne se disent pas sereins jusqu’au jour de la vente
Élodie Fremont, notaire à Paris
Comment se matérialise le prolongement du délai entre la mise sur le marché d’une annonce et la vente définitive d’un logement ?
C’est vraiment nouveau, nous notons le rallongement de deux étapes : la formulation d’une offre et le moment de la vente. Entre la promesse et la vente définitive, le délai s’étire maintenant à quatre mois. Les acquéreurs tirent sur la corde, surtout pour les passoires énergétiques. Les prix s’en ressentent : dans le Grand Paris, par exemple, les vendeurs ne génèrent plus de plus-value sur cinq ans. Nous les sentons plus anxieux, ils ne se disent pas sereins jusqu’au jour de la vente. Pour sortir des dossiers, certains acquéreurs peuvent produire de fausses attestations de refus de crédit. Ce n’est pas légal mais le vendeur, qui s’est parfois déjà positionné sur un autre bien, sait bien que la procédure pour saisir l’indemnité d’immobilisation prend beaucoup de temps, alors il décide de transiger.
Les acquéreurs sont plus durs sur la négociation sur tous les dossiers
Les acquéreurs sont plus durs sur la négociation sur tous les dossiers
Élodie Fremont, notaire à Paris
Qu’est-ce qui coince ?
Les acquéreurs sont plus durs sur la négociation sur tous les dossiers. C’est encore plus vrai pour les passoires énergétiques. Ils savent qu’ils ont le pouvoir en main. Ils discutent le bout de gras pour des bêtises en négociant le nombre de bips pour le parking, les dix euros des télécommandes payés par le vendeur, la date de jouissance du logement, etc. Toute excuse est bonne à prendre pour rallonger le délai. Ce n’est pas le banquier qui traîne la patte : les acquéreurs prennent parfois un prétexte pour aller renégocier auprès d’une autre banque pendant que le vendeur attend. D’autres ne craignent pas de signaler, la veille de la vente définitive, une fissure ou un problème sur la toiture. Ils disent vouloir faire venir un architecte pour évaluer le coût des travaux à réaliser. C’est un moyen de pression pour renégocier le prix et ça ne se fait pas. Ces négociations finales débouchent systématiquement sur de nouvelles négociations : des meubles ou de l’électroménager laissés par le vendeur. C’est comme si l’acquéreur ne devait pas repartir bredouille.
Pensez-vous que ces nouveaux comportements peuvent déstabiliser le marché ?
Deux éléments nous apportent de l’optimisme : les vendeurs ont compris que leur bien ne valait pas le même prix qu’avant le Covid et les banques demandent moins de garanties. Les établissements bancaires instruisent les dossiers plus vite. Aujourd’hui, nous tenons les deux mois d’instruction et ça, c’est vraiment positif.

