Le club allemand de Sankt Pauli a récemment annoncé avoir vendu son enceinte à ses supporters.
La somme récoltée, plus de 25 millions d’euros, va permettre à la formation hambourgeoise de renflouer ses caisses.
TF1Info a contacté l’économiste du sport Jean-Pascal Gayant pour savoir si cette solution était transposable à un football hexagonal mal en point financièrement.

Vendre son stade à ses supporters, et si c’était possible. C’est l’opération qu’a réalisé le FC Sankt Pauli. Le club allemand a récemment annoncé avoir cédé une majorité de la participation du Stade Millerntor (29.500 places), dont il était jusque-là pleinement propriétaire, à ses fans. Concrètement, des milliers d’actions de 850 euros ont été vendues, pour un pactole total d’environ 27 millions d’euros.

 Des chiffres encore provisoires, précise à Kicker le patron du conseil d’administration Andreas Borcherding, disant avoir « été débordé » par « l’énorme engouement ». « Nous sommes stupéfaits et infiniment reconnaissants. Les personnes qui portent le FC St. Pauli dans leur cœur (…) ont envoyé un signal clair : un autre financement est possible dans le football professionnel », ajoute le président du club, Oke Göttlich. 

Grâce à cette mobilisation, la formation de Hambourg, actuellement classée à la 15e position de Bundesliga, va pouvoir éponger ses dettes et hausser son ambition sur le plan sportif. Au vu de la santé financière inquiétante d’une très large majorité des équipes de Ligue 1, une telle initiative pourrait offrir une grande bouffée d’air. Mais est-elle simplement envisageable dans l’Hexagone ? C’est ce qu’a voulu savoir TF1Info en contactant l’économiste du sport Jean-Pascal Gayant, également président de l’IUT de Saint-Malo. 

TF1Info : Comment analysez-vous la vente d’une partie du stade de St. Pauli à ses supporters ? 

Pour l’instant, l’engouement des supporters a permis au club de gagner 27 millions d’euros. J’ai été surpris de voir la somme de 850 euros par action, surtout au vu du nombre très important de fans qui ont dû effectivement en acheter. C’est bien au-delà de la somme moyenne que la plupart des personnes seraient prêtes à mettre pour leur équipe. Après, il faut savoir que le FC St. Pauli est un club très particulier, avec une masse de suiveurs extrêmement fidèles et à l’engagement presque idéologique. 

On ne connaît pas toutes les conditions et on ne sait donc pas si les acheteurs bénéficiaient d’un avantage quelconque, comme un abonnement sur le long terme par exemple. Mais je le vois bien plus comme une aide offerte au club, pour l’aider sur le plan financier et in fine sur le plan sportif, qu’une logique d’investissement. C’est un modèle intéressant, qui rassemble un peu à celui des « socios » en Espagne, parce que ça permet de prendre conscience du rôle social des clubs de foot. 

C’est-à-dire ? 

Une telle opération montre vraiment l’importance des supporters pour un club et vice et versa. Elle contribue à faciliter la relation entre les deux parties. Et je pense que, quelque part, ça responsabilise aussi les Ultras et les autres fans. C’est un stade dont ils vont avoir envie de prendre soin. Ça peut paraître un peu dérisoire, mais je pense que cette dimension est très intéressante. Cela permet aussi d’associer un peu plus les supporteurs à la gestion générale du club, voire aux choix du club. On retrouve un peu une logique coopérative et partenariale. C’est donnant-donnant. Cette initiative est d’autant plus pertinente qu’il y a aujourd’hui beaucoup de défiance en France entre les clubs, les groupes Ultras et les supporters au sens large, et les autorités. On a beaucoup de mal à s’en sortir et c’est un sujet très complexe. 

Une option presque inenvisageable en France

Ce n’est malheureusement pas la seule difficulté à laquelle doit faire face le football français, également en crise économique. Au vu du succès et de fonds récoltés, les clubs de l’Hexagone ne doivent-ils pas prendre l’exemple sur le FC St. Pauli ? 

Malheureusement, en France, cette option n’est pas largement accessible : en Ligue 1, seuls Lyon et Auxerre sont propriétaires de leur stade. Dans toutes les divisions, la très grande majorité des enceintes sont la propriété des collectivités, des villes ou des agglomérations. Et il reste aussi quelques partenariats public-privé (PPP), notamment du côté de Bordeaux, de Lille et de Nice. C’est une spécificité française : très peu de clubs possèdent leur stade. 

Mais Auxerre ou Lyon pourraient tout de même tenter le coup ? 

Le stade d’Auxerre est quand même assez ancien. Le niveau de confort et de modernité n’est pas optimal. Donc, je ne sais pas si la valorisation de l’Abbé-Deschamps serait très élevée pour que ce soit suffisamment intéressant. La donne est différente pour Lyon, et vendre une partie du stade aux supporters pourrait permettre de renflouer les caisses. Mais c’est aussi une sorte de fusil à un coup : on fait rentrer de l’argent, on perd un peu de la souveraineté sur l’utilisation de son stade, et trois ou quatre ans plus tard, on peut se retrouver avec d’autres difficultés financières. Et encore faut-il trouver des acheteurs.

L’appétit et la disponibilité à payer pour du football sont moindres en France

Jean-Pascal Gayant

Et alors que les finances publiques sont aussi dans le rouge, les collectivités propriétaires de stades n’auraient pas non plus intérêt à les vendre aux supporters ? 

A priori, je ne vois pas d’obstacle. La logique voudrait que ce soit possible. Je pense qu’une collectivité peut mettre en vente un terrain, peut mettre au ventre un bâtiment, donc a priori un stade. Je ne suis pas sûr que les collectivités soient désireuses de le faire, encore moins dans le contexte actuel de tension, mais c’est un modèle potentiellement innovant. 

En vérité, il n’est pas certain qu’une telle opération puisse être répliquée en France. C’est très dur de mobiliser des millions d’euros de la part de particuliers. Au vu des difficultés de pouvoir d’achat, les gens seraient sans doute prêts à donner des sommes d’argent, mais relativement modestes. Il y avait eu une tentative à Nantes, mais c’était difficile de trouver des fonds suffisants. Au fond de moi, je pense que, pour des raisons historiques et culturelles, l’appétit et la disponibilité à payer pour du football sont moindres en France par rapport à nos voisins. 

Et d’ailleurs, au bout du compte, ce décalage explique sans doute en partie les difficultés économiques du football français, même si de multiples autres éléments entrent en ligne de compte. D’ailleurs, je ne vois pas beaucoup de leviers de financement supplémentaire et je suis extrêmement pessimiste quant à la compétitivité de notre championnat dans le futur.

Maxence GEVIN

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