- En l’espace de quelques mois, une quarantaine de garagistes ont été touchés par un piratage.
- Les hackers usurpent leur identité numérique pour fabriquer des cartes grises en leur nom, que l’État leur demande ensuite de payer. Le préjudice pour chacun d’entre eux peut s’élever à plusieurs centaines de milliers d’euros.
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À quelques mois de la retraite, ce garagiste de Ouistreham (Calvados) a eu une mauvaise surprise. « J’ai remarqué sur mon application (…) que j’allais être prélevé de 758.000 euros. Et en cliquant sur le lien de mon espace, j’ai vu que c’était attribué au prélèvement des cartes grises »
, explique Philippe Hamelin dans le reportage du 20H ci-dessus. Philippe s’est fait pirater son compte professionnel sur le site de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS).
Au mois de mai, il avait informé les services de l’État qu’il ne souhaitait plus faire de cartes grises. Et en novembre, il a reçu ce mail lui indiquant : « Votre établissement ayant demandé la désactivation de votre habilitation, vous n’avez plus accès à votre espace ANTS, ni aux démarches en ligne que vous auriez pu réaliser ».
Philippe raconte la suite au micro de TF1. « J’ai validé cette demande par retour de mail, en cliquant sur un lien vraisemblablement. Et tout est parti de là »
.
« C’est des vraies cartes grises, frérot, pas de faux »
Comment s’y prennent les hackers ? Par un lien frauduleux, ils prennent la main sur le compte de garagistes. Ils créent en leur nom des centaines de cartes grises pour y matriculer des véhicules volés, ou pour rééditer des documents déjà existants. Lors d’un contrôle par les forces de l’ordre, les papiers sont donc en règle. Et en cas de contravention, l’amende est envoyée… à l’adresse du vrai propriétaire.
Commander une carte grise sur les réseaux sociaux est d’ailleurs très simple. Notre journaliste s’est fait passer pour un acheteur. « Salut, pour une carte grise, je peux l’avoir dans combien de temps ? ». « 7 jours »
, promet notre interlocuteur. « Et si je me fais contrôler, pas de souci ? ». « C’est des vraies cartes grises, frérot, pas de faux »
, rassure-t-il encore.
Une fragilité du site de l’ANTS ?
Plus d’une quarantaine de garages ont été touchés par ce piratage en l’espace de 3 mois. Le syndicat des garagistes dénonce un manque de sécurité du site de l’État, qui selon eux les expose à ce type de piratages. « Il existe depuis 2009, et il n’y a jamais eu une mise à jour sécuritaire. On sait que l’informatique, depuis 2009, ça a évolué. Aujourd’hui, on en est encore à un code d’authentification à 4 chiffres. Les moindres banques vous demandent la
double authentification
«
, rappelle Bruno Choix, vice-président de la Fédération nationale de l’automobile (FNA) .
Le préjudice peut être important pour les petits garages. À Saint-Rémy (Calvados), à 35 km au sud de Caen, c’est toute l’activité de l’entreprise qui est mise en péril. 930 cartes grises ont été émises au nom du garage en trois semaines, raconte Maryline Désert, la co-gérante, « alors que nous, on ne fait que 10 cartes grises par mois à la base »
. La facture de l’administration est lourde : 226.000 euros.
Pour l’instant, cette « dette » est gelée pour 8 mois. Les gérants ont décidé d’annuler le recrutement d’un nouveau mécanicien et n’investiront pas dans du nouveau matériel. « On n’a aucune garantie que cette somme ne nous sera pas réclamée »
, rappelle Maryline, c’est-à-dire qu’à un moment donné, si on ne paye pas, on peut très bien voir les huissiers arriver au pied de la porte pour dire on vient réclamer la dette. Elle redoute, si le pire se produisait, la « fermeture du garage, [le] licenciement des salariés et potentiellement la perte de notre maison »
. Des enquêtes sont en cours, et les autorités devraient renforcer la sécurité du site de l’ANTS dans les prochaines semaines.

