Le ministre japonais de l’Agriculture Taku Eto a démissionné mercredi 21 mai.
Il quitte le gouvernement au terme d’une polémique suscitée par ses propos sur sa consommation de riz, en pleine crise au pays du soleil levant.

C’est sans doute l’une des raisons les plus insolites de la démission d’un membre de gouvernement. Le ministre japonais de l’Agriculture Taku Eto a annoncé mercredi quitter ses fonctions. « Je viens de soumettre ma démission au Premier ministre Shigeru Ishiba », a-t-il déclaré. Un départ immédiatement accepté « pour ne pas mettre à l’arrêt la politique agricole », particulièrement cruciale en cette période de crise. Cette décision clôt plusieurs jours d’incertitudes, après que le principal intéressé a déclaré, lors d’une collecte de fonds du Parti libéral-démocrate dans la préfecture de Saga, n’avoir « jamais acheté de riz parce que (s)es soutiens (lui) en donnent tellement (qu’il) pourrait pratiquement en vendre »

Ces propos, a priori anodins, ont heurté la population, alors que les citoyens souffrent de la flambée des prix du riz au Japon. Le prix moyen dans les supermarchés au cours de la semaine jusqu’au 11 mai a atteint 4.268 yens (26,2 euros environ) pour 5 kg, un record, contre 4.214 yens (25,88 euros) la semaine précédente, relève The Guardian. C’est près du double par rapport à l’année précédente. 

Je n’ai pas été en mesure de comprendre les sentiments de la population

Taku Eto

Le ministre paye donc tout à la fois cette conjoncture difficile, sa déclaration des plus maladroites mais aussi l’échec de sa récente politique pour tenter de faire baisser les prix. Plus tôt cette année, il a ainsi débloqué environ 300.000 tonnes de riz provenant des stocks d’urgence, pour tenter d’augmenter l’offre et donc d’ajuster les tarifs. Mais sans résultat probant. Des importations de la denrée depuis la Corée du Sud, en avril et pour la première fois depuis un quart de siècle, n’ont pas non plus inversé la tendance. 

« Je n’ai pas été en mesure de comprendre les sentiments de la population. Je ne pense pas pouvoir être celui qui met en œuvre la politique du gouvernement sur le riz en ce moment », a reconnu Taku Eto, qui a quitté le gouvernement sous la pression des partis d’opposition. « J’ai tenu des propos extrêmement inappropriés à un moment où les citoyens souffrent de la flambée des prix du riz », a-t-il encore ajouté. 

Sécheresse, méga-séisme et tourisme

Cette flambée des prix est intimement liée à une pénurie de riz. Cette dernière est elle-même le fruit de plusieurs facteurs, notamment une sécheresse exceptionnelle lors de l’été 2023 provoquant de mauvaises récoltes et des achats de panique provoqués par un avertissement de « méga-séisme » l’été dernier. En parallèle, la demande ne cesse d’augmenter dans le sillage de l’essor effréné du tourisme. Selon un récent sondage mené par l’agence de presse Kyodo News, 87% des Nippons jugent « insuffisants » les efforts de l’exécutif pour tenter de maîtriser le cours du riz. 

Shinjiro Koizumi, ancien ministre de l’Environnement, a été choisi pour reprendre le flambeau du ministère de l’Agriculture. Le Premier ministre Shigeru Ishiba a déclaré qu’il s’attendait à ce que le fils de l’ancien Premier ministre populaire Junichiro Koizumi s’attaque activement « à la flambée des prix du riz »

M.G

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