• La rentrée politique est à peine lancée que la France est d’ores et déjà plongée dans l’incertitude pour le mois à venir.
  • Le gouvernement de François Bayrou, qui a sollicité le vote de confiance des députés le 8 septembre prochain, pourrait bien vivre ses derniers jours.
  • En parallèle, une mobilisation sociale s’organise, mais les crises à répétition plongent de nombreux Français dans une grande lassitude.

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Budget 2026 : le vote de confiance, la dernière carte de François Bayrou

À 70 ans, François Vais travaille encore sur les marchés, où il vend des vêtements. Si le septuagénaire a longtemps cru en la politique, aujourd’hui les changements de casting permanents le révulsent. Quand on l’interroge sur sa perception des hommes et femmes politiques aujourd’hui aux commandes, tandis qu’il décharge ses pièces de sa camionnette, la réponse fuse : « C’est tout de la merde »

« Ils sont tous là pour essayer d’avoir une place. Je voudrais bien savoir, moi, celui qui est Premier ministre l’est pendant combien de temps ? Six mois ? Un an ? Même pas », s’irrite le commerçant, dans le reportage du 20H de TF1 en tête d’article. Une amertume que partage aussi l’une de ses clientes, Danièle, 67 ans : elle a toujours voté, mais depuis la dissolution, en juin 2024 (nouvelle fenêtre), le rejet est total. « Si on me dit : Macron va passer à 20 heures, je ne regarderai pas, je regarderai une autre chaîne où il n’est pas. Je ne les écoute plus, je ne peux plus les voir parfois, à la télé », résume-t-elle.

« Priorités » incompatibles, promesses vaines…

Pour les syndicalistes de Sud Santé, dans l’Oise, le rejet se mue en colère, face à des promesses d’investissement qui tardent à se concrétiser. La valse actuelle des ministres de la Santé n’aide en rien : ils sont jusqu’à six à s’être succédé en moins de deux ans. De quoi laisser les fonctionnaires « désespérées, parce que leur priorité, ce sont pas les nôtres », lâche l’une d’elles. Elles lancent un énième appel à la grève pour le 10 septembre prochain, rejoignant des appels au blocage qui circulent en ligne (nouvelle fenêtre), mais la lassitude s’enracine. 

Pour Josette Aatillah, secrétaire départementale de la branche du syndicat dans le département, le divorce entre les Français et la politique est acté. « Ils se servent de nous et nous, on ne les entend plus. Parce que je ne sais pas où ils sont, on ne comprend pas ce qu’ils disent. Parfois, ils vous sortent des mots savants », tance-t-elle.

Le Premier ministre François Bayrou, qui a annoncé cette semaine qu’il solliciterait un vote de confiance le 8 septembre (nouvelle fenêtre), qui devrait très probablement précipiter sa chute, a tout de même été « clair », reconnaît la syndicaliste. Le chef du gouvernement a appelé les députés à choisir entre le « chaos » et la « responsabilité », mais sans convaincre Josette Aatillah pour autant. « Suivez-moi ou c’est le chaos, résume-t-elle. Ben, on est déjà dans le chaos… » 

Pour elle, la séquence politique actuelle a un objectif clair : préparer le prochain scrutin présidentiel. « Ils nous prennent pour des cons. C’est tout simplement parce qu’en 2027, il va y avoir les élections. Monsieur Bayrou est en train de faire sa petite com’, l’autre, il est en train de faire sa petite com’… », s’emporte-t-elle. Pour elle, les « priorités » ne sont pas là : « c’est juste que le peuple puisse manger à sa faim », lâche la secrétaire départementale.

Les Français plus mécontents de leur système politique que leurs voisins

Une exaspération qu’elle est loin d’être la seule à ressentir. Selon un sondage Ifop pour LCI, réalisé dans le sillage de l’annonce du vote de confiance de François Bayrou, près d’un Français sur quatre se dit en colère (nouvelle fenêtre) face à la situation actuelle dans le pays. Mais le sentiment qui domine surtout est celui de l’inquiétude, qui touche 62% des répondants. Des proportions en légère hausse par rapport au printemps. 

La situation semble bien se dégrader, alors même que la défiance envers le monde politique s’est installée depuis plusieurs années, et qui semble s’être renforcée avec la dissolution (nouvelle fenêtre). Sept Français sur dix se disent insatisfaits du fonctionnement de la démocratie (nouvelle fenêtre) dans notre pays, d’après une étude publiée en février dernier par l’institut de sondage OpinionWay pour le Centre d’étude de la vie politique française, rattaché à Sciences Po. 

Un niveau supérieur à celui observé chez nos voisins, en Italie (62%), au Pays-Bas (53%) et en Allemagne (48%). « L’univers de la politique, déjà structurellement perçu de manière négative en France, ne semble plus inspirer que méfiance et désillusion », résume dans une note de recherches (nouvelle fenêtre) sur l’étude le politologue Bruno Cautrès. 

À Beaumont-sur-Oise, qui a enregistré presque 40% d’abstention aux dernières législatives, la défiance s’installe progressivement. Marco Dida, restaurateur originaire d’Albanie et arrivé en France il y a 50 ans, confie volontiers se sentir perdu, et met en cause de nombreuses réformes qui ne sont jamais appliquées selon lui. « Ils sortent des lois, mais ils ne vont pas jusqu’au bout. Par contre, les lois pour (nous faire) payer, il n’y a pas de problème », accuse-t-il. 

« On a peur pour nos enfants » : quand l’inquiétude se superpose à la défiance

À cela s’ajoute aussi un climat anxiogène qui s’installe de plus en plus, alimenté dans une certaine mesure par les discours de la classe politique, perçus comme alarmistes par certains Français. Entre les menaces de guerre (nouvelle fenêtre), les mises en garde sur le poids de la dette (nouvelle fenêtre), le mot de « chaos » qui est brandi, la crainte gagne de plus en plus d’électeurs. 

« Moi, j’ai trois enfants et je leur dis : bon courage pour votre vie plus tard. Parce que malheureusement, c’est dur pour tout le monde, et pour eux, ça va être encore plus dur », s’inquiète une mère rencontrée à la balançoire d’un parc de jeu. « On a peur pour nos enfants plus tard. Je ne suis pas la seule, je suppose », poursuit-elle. « Malheureusement, non », renchérit une autre, avec un sourire résigné. 

En dépit de cette instabilité globale, plus d’un Français sur deux serait malgré tout favorable à une nouvelle dissolution, selon le sondage Ifop réalisé cette semaine pour LCI. Avec l’espoir de sortir enfin de l’impasse actuelle ? Pour 74% des sondés, la chute du gouvernement de François Bayrou, scénario qui semble bel et bien se confirmer, « constituerait le signe que la France est aujourd’hui ingouvernable ». 

La rédaction de TF1info | Reportage François-Xavier MÉNAGE, Olivier CRESTA

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