De sa voix douce, toujours soucieuse du mot juste, l’autrice de La Nuit au cœur (Gallimard, 2025), lauréate du prix Femina et du Goncourt des lycéens, rend hommage à sa famille et au bouillonnement des cultures dans lequel elle a vécu à l’île Maurice, et qui lui a donné le goût de la fiction et de l’imaginaire. A 52 ans, Nathacha Appanah s’est imposée, avec une douzaine de romans, comme une figure essentielle de la littérature contemporaine.

Je ne serais pas arrivée là…

… Si je n’avais pas passé une bonne partie de mon enfance dans cette grande maison étrange et bancale qui a été celle de mes grands-parents, où j’ai vécu avec eux et mes parents. Mes grands-parents sont nés et ont grandi dans une plantation de canne à sucre. Leurs aïeux étaient venus d’Inde, « engagés » pour l’île Maurice en remplacement des esclaves noirs pour travailler dans les champs. Ils étaient analphabètes, représentaient le passé incarné, ils avaient quelque chose de flou, de désuet et de terriblement aimant.

Mes parents, eux, étaient instruits, deux jeunes personnes dynamiques, animées par une ambition sociale. J’étais à la fois attirée, fascinée et, je pense, légèrement en opposition par rapport à tout cela, car je sentais que je n’avais pas le droit de rater mon avenir. Je vivais à la fois avec des personnes qui avaient connu l’asservissement à l’ordre colonial et la génération suivante, qui s’en était extirpée et travaillait du matin jusqu’au soir, pour qui l’instruction, l’éducation étaient très importantes pour poursuivre cette trajectoire d’ascension sociale.

J’ai grandi dans une sorte de bouillon de cultures, de langues, de traditions, entre un profond respect du passé et une sorte de souffle vers l’avenir. Dans ce monde en prise avec le réel – la nécessité de travailler et de gagner sa vie –, j’ai trouvé le salut et le plaisir dans la fiction et l’imaginaire.

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