
Près de trente ans après y avoir renoncé, le Comité international olympique (CIO) a rétabli, jeudi 27 mars, les tests génétiques de féminité à compter des Jeux olympiques 2028 de Los Angeles, bannissant du sport féminin les athlètes transgenres et une grande partie des athlètes intersexes. « L’admissibilité à toute épreuve féminine des Jeux olympiques est désormais réservée aux personnes de sexe biologique féminin », non porteuses du gène SRY, a expliqué l’instance olympique dans un communiqué, après un vote « unanime » de sa commission exécutive.
En tournant le dos aux règles édictées en 2021, qui laissaient chaque fédération sportive internationale fixer sa politique, le CIO cible à la fois les sportives transgenres et une grande partie des athlètes intersexes, naturellement porteuses de variations génétiques tout en étant considérées comme des filles depuis leur naissance. Echapperont à cette réglementation celles qui pourront démontrer leur « insensibilité totale aux androgènes », c’est-à-dire l’incapacité de leur corps à utiliser la testostérone, une preuve qui nécessite des investigations coûteuses et complexes.
« Je suis très fière de ce travail », a déclaré à la presse la présidente du CIO, Kirsty Coventry, pour qui la nouvelle politique « soutient l’égalité, l’équité et la sécurité sur les terrains de jeu ».
Appliquée à partir des JO 2028 et « non rétroactive », cette mesure ne remet pas en cause la médaille d’or obtenue aux JO de Paris par la boxeuse algérienne Imane Khélif. Porteuse du gène SRY, elle est née fille et avait constamment été présentée comme telle par le CIO quand elle était attaquée sur sa féminité.
Difficultés pratiques et légales en France
Dans le détail, il reviendra aux fédérations internationales et aux instances sportives nationales d’organiser ces tests chromosomiques, qui devront être passés « une seule fois dans la vie de l’athlète », a fait savoir le CIO.
Ces politiques sont déjà en vigueur depuis l’an dernier dans trois disciplines (athlétisme, boxe et ski), bien que leur application soulève des difficultés pratiques et légales. En France, par exemple, les lois de bioéthique ne permettent pas de test génétique sans nécessité médicale. « Si c’est illégal dans un pays, les athlètes auront la possibilité de se faire tester quand ils voyageront pour d’autres compétitions », a répondu Kirsty Coventry.
Jeudi soir, le Comité olympique et sportif français (CNOSF) a estimé que ces tests « soulèvent des questions éthiques et scientifiques majeures pour l’ensemble des personnes concernées », sans compter les « difficultés pratiques » liées à leur interdiction en raison « des lois de bioéthique et du code civil ».
Le CIO avait déjà eu recours à des tests chromosomiques de féminité entre 1968 et les JO 1996 d’Atlanta, avant d’y renoncer en 1999 sous la pression de la communauté scientifique, qui contestait leur pertinence, et de sa propre commission des athlètes.
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Alors que Kirsty Coventry n’a toujours pas rencontré Donald Trump, hôte des JO 2028 à Los Angeles, cette politique lève le principal sujet de conflit potentiel avec le président américain : dès l’entame de son deuxième mandat, il avait banni par décret les athlètes transgenres du sport féminin. Ce dernier a salué la nouvelle dans une publication sur son réseau, Truth Social. « Cela se produit seulement grâce à mon puissant décret qui défend les femmes et les filles ! », a-t-il écrit, jeudi.
Appels à refuser ces tests
Les avertissements se sont multipliés ces derniers mois contre le retour des tests génétiques dans le sport, venus de scientifiques, rapporteurs des Nations unies, juristes et organisations de défense des droits humains. A la fin de janvier, un éditorial du British Journal of Sports Medicine fustigeait un « anachronisme néfaste », soulignant qu’il n’existe toujours pas « de données scientifiques de qualité acceptable concernant un éventuel avantage de performance sportive » chez les personnes intersexes porteuses d’un gène SRY.
« Toute politique visant à discriminer les athlètes transgenres nuit également aux femmes intersexes. C’est un jour tragique pour toutes les athlètes féminines, qui méritent de pratiquer le sport qu’elles aiment sans subir des tests de féminité invasifs, de discrimination ni de regards indiscrets », a réagi sur Bluesky l’association américaine de défense des personnes intersexe interAct.
D’un point de vue légal, vingt-deux juristes du monde entier ont appelé, mercredi, les athlètes et instances nationales à refuser les tests génétiques, qui violent selon eux une cascade de lois nationales et internationales sur la non-discrimination, la bioéthique ou la protection de la vie privée. « Comment vont-ils gérer la mise en œuvre de cette politique dans plus de 200 pays et 43 sports ? Le CIO sera présent quand une athlète recevra un diagnostic qui bouleversera sa vie, sans aucune raison médicale ou scientifique de le poser ? », s’interroge Madeleine Pape, sociologue du sport à l’Université de Lausanne, auprès de l’Agence France-Presse (AFP).
Première femme et première Africaine élue en mars 2025 à la présidence du CIO, la Zimbabwéenne Kirsty Coventry avait suscité de grands espoirs de renouveau, et simultanément lancé plusieurs chantiers sur l’avenir des Jeux et de leur modèle économique. Concernant le sport féminin, l’unique thématique abordée depuis un an a été les règles d’éligibilité, une focalisation « qui détourne l’attention des vrais problèmes, comme le financement inégal, l’accès à la pratique sportive, les écarts de rémunération et les violences », déplorait, la semaine dernière, l’organisation Sport and Rights Alliance.

