- Avant l’arrivée de « Toy Story 5 » cet été au cinéma, Pixar embarque petits et grands dans une aventure savoureuse en salles dès ce mercredi 4 mars.
- Désireuse de sauver une clairière qui lui est chère, Mabel transfère son esprit dans un robot en forme de castor pour convaincre les autres animaux de l’aider.
- Un plaidoyer pour la préservation de l’environnement absolument hilarant que décryptent pour nous son réalisateur Daniel Chong et sa productrice Nicole Paradis Grindle.
Il a profité du festival d’animation d’Annecy l’été dernier pour dévoiler un premier aperçu des plus mystérieux. À l’époque, on pensait innocemment que les nouveaux héros du prochain Pixar étaient des marmottes toutes mignonnes. Erreur ! Jumpers
, au cinéma ce mercredi 4 mars, est en fait porté par de valeureux castors prêts à tout pour défendre leurs terres. Sauf que l’un de ces animaux n’en est pas vraiment un.
Étudiante rebelle et solitaire, Mabel subtilise l’invention d’un de ses professeurs pour faire « sauter »
– « jump »
en anglais – sa conscience dans une version robotisée très réaliste d’un castor au pelage roux. Un moyen pour elle de s’infiltrer au plus près des animaux vivant dans la clairière où elle se rendait avec sa grand-mère, désormais menacée par la construction d’une autoroute. Pas besoin de faire traîner le suspense, ce 30e film Pixar se classe parmi ce que le studio d’animation propriété de Disney a fait de mieux. On passe du rire aux larmes, souvent en pleurant de rire, face à cette fable écolo hyper référencée qui évoque avec la même justesse la protection de l’environnement, l’engagement militant et le deuil.
On est partis de cette idée en se demandant ce qui se passerait si cette technologie était si performante que personne ne pouvait faire la différence
On est partis de cette idée en se demandant ce qui se passerait si cette technologie était si performante que personne ne pouvait faire la différence
Daniel Chong sur le point de départ de « Jumpers »
Révélation de L’Amour ouf
de Gilles Lellouche, la jeune Mallory Wanecque assure au doublage sous la fourrure de Mabel face à un Artus au poil en roi George, le gentil chef des animaux de la forêt qui ne quitte jamais sa couronne. Les peluches des deux castors devraient s’arracher en magasin. On a réclamé au réalisateur Daniel Chong (Nous les bébés ours
) et à la productrice Nicole Paradis Grindle (Les Indestructibles
), de passage à Paris, la mise en production d’un doudou à l’effigie de Michel, le castor au ralenti qui pourrait être le cousin caché des paresseux de Zootopie
. Le duo revient pour TF1info sur la création de ce Pixar très réussi.
Nicole, Jumpers
est-elle la proposition la plus folle que vous ayez jamais reçue chez Pixar ?
Nicole Paradis Grindle, productrice : La plus folle ? Eh bien, certaines des propositions de Daniel en dehors de celle-ci étaient plutôt folles (rires)
. Disons simplement que la raison pour laquelle nous avons choisi celle-ci est évidente. Laissez-moi revenir en arrière ! Lorsqu’un nouveau réalisateur nous présente des projets originaux, nous lui demandons de venir avec trois idées. L’objectif, c’est de ne pas trop s’attacher à une seule. Souvent, vous finissez par reprendre des éléments des trois. Daniel a beaucoup travaillé sur deux idées, mais il lui en fallait une troisième. Il a donc rapidement trouvé «
Avatar avec des pingouins »
. Car oui, il s’agissait de pingouins au départ ! Et nous lui avons dit : « Tu as intérêt à aimer cette idée, parce qu’elle pourrait être choisie »
. Et c’est celle qui a été effectivement choisie.
Daniel Chong, réalisateur : Donc nous voici, six ans plus tard ! (rires)
Nicole Paradis Grindle : Mais il ne s’agit plus de pingouins.
C’est drôle que vous parliez d’Avatar
parce que dans le film, la professeure Sam se met sur la défensive lorsque Mabel compare son projet scientifique au film de James Cameron…
Daniel Chong : Cela s’est avéré être un très bon point de départ. Le public a besoin, en particulier quand il s’agit d’un film original, de se raccrocher à quelque chose de familier. Mais la véritable inspiration pour Jumpers
est venue de documentaires dans lesquels des animaux robots, avec des caméras à la place des yeux, étaient mis dans la nature. On est donc partis de cette idée en se demandant ce qui se passerait si cette technologie était si performante que personne ne pouvait faire la différence. C’est à partir de ça que nous avons créé le film.
Mabel est, elle, très inspirée par sa grand-mère, qui est véritablement l’âme du film. Elle dit à sa petite-fille : « La vie des rebelles est plutôt solitaire »
. Daniel, votre héroïne est-elle née de votre propre expérience en tant que rebelle solitaire ?Daniel Chong : Je me retrouve en effet dans ces deux aspects. J’étais solitaire enfant parce que j’ai grandi avec de l’asthme et des allergies. Je ne pouvais pas beaucoup sortir, j’ai souvent été obligé de rester à la maison. C’est comme ça que j’ai appris à dessiner seul, en regardant des livres sur les animaux et en griffonnant. Et parce que j’étais toujours cloîtré petit, je voulais m’évader. Je voulais avoir mon indépendance et m’exprimer. Mais il y avait tellement de limites quand j’étais plus jeune ! J’ai donc clairement transmis tout ça à Mabel.
Nous faisons partie de la nature en tant qu’êtres humains. Nous sommes aussi des animaux et je crois que nous avons tendance à l’oublier
Nous faisons partie de la nature en tant qu’êtres humains. Nous sommes aussi des animaux et je crois que nous avons tendance à l’oublier
Nicole Paradis Grindle
La grand-mère de Mabel dit aussi qu’il « est difficile d’être en colère quand on a le sentiment de faire partie de quelque chose d’énorme »
. Ce sentiment d’appartenance à une communauté pour préserver notre environnement est-il le thème principal que vous souhaitez transmettre au jeune public ?
Nicole Paradis Grindle : C’est certainement un thème très important, avec cette volonté de faire bouger les choses et de rendre le monde meilleur. Mabel est isolée dans son combat pour la justice. Elle perd espoir au milieu du film parce qu’elle a le sentiment d’être la seule à se battre. Beaucoup de personnes se sentent isolées en ce moment et ressentent le poids des problèmes dans le monde. Quand on est seul, c’est bouleversant. Mais nous nous sommes également déconnectés de la nature. C’est difficile d’être en colère, mais c’est aussi difficile d’avoir de l’espoir si vous ne reconnaissez pas que vous faites partie de quelque chose de plus grand. Nous faisons partie de la nature en tant qu’êtres humains. Nous sommes aussi des animaux et je crois que nous avons tendance à l’oublier.
Les animaux de Jumpers
font face à un impressionnant feu de forêt, qui rappelle forcément les incendies dévastateurs de Los Angeles l’an dernier. Avez-vous réécrit le scénario pour évoquer ces évènements ?
Daniel Chong : Non, la scène était présente très tôt à l’écriture, bien avant que les incendies ne se produisent. Notre équipe était d’ailleurs en train de travailler sur cette séquence au moment des incendies de Los Angeles. Ça a été une période vraiment difficile pour tout le monde. Nous étions évidemment de tout cœur avec tous ceux qui ont perdu leur maison. Nous pensions aussi à la nature qui était en train d’être détruite. Notre équipe a dû trouver un moyen de continuer, de faire face au traumatisme que représente le fait de voir ces évènements se dérouler près de nous tout en réalisant ces plans pour le film. Avec Nicole, nous avons fait de notre mieux pour nous assurer qu’ils se sentent bien. Ils ont été incroyables, ils se sont dépassés.
Nicole Paradis Grindle : J’ajouterais que lorsque vous parlez de castors, le feu et l’eau sont essentiels à l’histoire que vous racontez. Ils créent un environnement dans lequel ils inondent la terre. Ils constituent un habitat très vert pour de nombreux animaux différents. Et c’est quelque chose que nous avons constaté, en particulier en Californie, où nous avons des incendies de grande envergure. Les zones où vivent les castors survivent et restent vertes. Vous verrez tout un paysage brûlé mais les castors auront sauvé l’espace où d’autres animaux vont se cacher.
En parlant des castors, ils n’ont pas la même apparence dans le film selon s’ils sont vus par les humains ou les animaux. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
Daniel Chong : C’est une autre idée que nous avons eue très tôt. Nous avions besoin que cette expérience baptisée Jumpers
vous fasse vous sentir différent dès que vous devenez un animal. Entre nous, nous parlions de deux mondes et il y a eu beaucoup de discussions sur la manière de les représenter. Nous avons fini par comprendre que les animaux devaient ressembler à des animaux pour les humains. Ils ont donc des petits yeux perçants. Puis quand vous entrez dans le monde des animaux, ils deviennent tout de suite beaucoup plus expressifs et plus anthropomorphiques. On s’est beaucoup inspirés d’un film des Studios Ghibli qui s’appelle Pompoko
et qui montre aussi deux points de vue sur les animaux.
Vous avez travaillé avec le Dr Emily Fairfax, spécialiste des castors, pour façonner les vôtres. Quelle est la chose la plus surprenante qu’elle vous ait apprise sur cette espèce ?
Nicole Paradis Grindle : On a tant appris sur les castors ! Nous avons appris comment ils utilisent leurs bâtons lorsqu’ils construisent un barrage. Ils doivent les mettre à la verticale, mais aussi à l’horizontale. Vous voyez Mabel le faire dans le film. On sait aussi qu’ils s’assoient sur leurs queues. George le fait mais pas Mabel, parce qu’elle n’est pas un vrai castor. Elle ne sait pas comment faire ça.
Daniel Chong : Les huiles aussi !
Nicole Paradis Grindle : Ils s’enduisent d’huile pour imperméabiliser leurs corps. Vous voyez George se frotter dans le film.
Daniel Chong : Ils enduisent aussi les autres !
Nicole Paradis Grindle : Ils se toilettent mutuellement, c’est si mignon. Vous voyez le bébé castor qui s’accroche à la queue de ses parents ? Ils font vraiment ça. C’est comme ça qu’ils apprennent à nager aux plus jeunes. George fait ça avec Mabel aussi.
Jumpers
fait aisément passer du rire aux larmes, le plus souvent avec des larmes de rire. Quelles émotions aviez-vous en tête pendant la production du film et quelles émotions espérez-vous transmettre au public ?
Daniel Chong : Quand je repense à l’expérience de la réalisation de ce film, je me souviens plus que tout des nombreux éclats de rire. Nous nous sommes beaucoup amusés à le faire. Nous savions que si nous prenions plaisir hors caméra, ça se verrait aussi à l’écran. Nous avons aussi passé beaucoup de temps à définir ce que seraient le cœur du film et ses émotions, ainsi qu’à la manière de laisser au public un sentiment d’espoir pour qu’il sorte de la salle heureux. On voulait que les spectateurs comprennent la mélancolie de la situation dans laquelle se trouve la planète mais aussi qu’ils aient le sentiment que nous pouvons faire quelque chose pour créer des liens et nous battre pour améliorer les choses.
>> Jumpers
(1h45) avec les voix françaises de Mallory Wanecque, d’Artus, de Melha Bedia et Alison Wheeler – au cinéma le 4 mars

