Trois mois de négociations entre un premier ministre de droite, Sébastien Lecornu, et les représentants du Parti socialiste (PS) ont contribué à faire ressurgir la gauche réformiste après la longue période d’éclipse depuis la fin du quinquennat de François Hollande.

En assumant les vertus du compromis, les socialistes ont contribué à sortir l’Assemblée nationale du bourbier, à desserrer l’emprise des extrêmes sur les autres forces politiques et à permettre à la France d’être dotée d’un budget pour 2026. Quoique largement imparfait, celui-ci va notamment permettre aux armées de mieux s’adapter à la réalité d’un monde de plus en plus dangereux.

Sur le plan théorique, cette gauche réformiste, qui a marqué sa différence sous les quolibets de La France insoumise (LFI), reste difficile à définir. Aujourd’hui comme hier, elle n’est sociale-démocrate qu’en raison de l’émiettement syndical et du souci de chaque centrale de conserver son autonomie. La distance que les syndicats ont tous observée lorsque le PS s’est vanté d’avoir obtenu une hausse de 2 milliards d’euros de la prime d’activité pour les salaires compris entre 1 et 1,4 smic en est une illustration flagrante. Outre la volonté d’augmenter le pouvoir d’achat, il faut veiller à ce que des effets pervers ne soient pas constatés, voire encouragés à travers ce qu’on appelle la « trappe à bas salaires ».

Au moment où le modèle français de l’Etat-providence, né de l’après-guerre, est soumis à de profondes tensions, le terme même de « gauche réformiste » peut paraître sujet à caution tant le logiciel socialiste est figé. Le fond de la doctrine reste la réduction des inégalités par l’augmentation de la dépense publique financée grâce à la taxation accrue des revenus et du patrimoine des ultrariches. L’objectif reste à la fois très populaire et difficile à atteindre dans l’environnement européen et mondial actuel. En témoigne l’incapacité à marquer des victoires sur la taxation des gros patrimoines ou sur l’élargissement de la base de l’impôt sur la fortune.

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