La Camargue, la Crau et la Terre d’Argence, ce vaste écosystème abritant quelque 400 des 600 espèces d’oiseaux présentes sur le continent européen, réserve de biosphère de l’Unesco et candidat à l’inscription sur la liste du Patrimoine commun de l’humanité, deviendront bientôt le support d’une infrastructure électrique géante. Le 18 décembre 2025, le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Jacques Witkowski, a rendu sa décision : une ligne aérienne à très haute tension de 4 gigawatts sera construite pour alimenter la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). La Camargue, la Crau et la Terre d’Argence seront donc sacrifiées sur l’autel de la réindustrialisation et du développement de l’intelligence artificielle.

L’arbitrage rendu constitue une remise en cause majeure des orientations prises dans les années 1960 : l’Etat imposait alors la création de la zone industrielle de Fos dans la plaine de la Crau et l’est de la Camargue, tandis que sa partie occidentale devait accueillir un tourisme de masse. La promesse était alors faite que sa partie centrale resterait préservée. Le parc naturel de Camargue, premier du genre, était créé le 25 septembre 1970. André Malraux pesa de tout son poids avant sa mort pour créer ce « musée de la nature » rêvé par Frédéric Mistral et son disciple, le manadier et écrivain Folco de Baroncelli.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés La ligne électrique aérienne à très haute tension vers Fos-sur-Mer validée par l’Etat

Cette vocation environnementale de la Camargue a depuis été confortée par de nombreux statuts de protection, attestant de l’engagement de la France à subordonner tout aménagement au respect de ces espaces et de leur biodiversité. Il aura fallu trente années supplémentaires pour que l’Etat décide enfin de préserver les derniers reliquats de la seule steppe semi-aride de France, ancien delta de la Durance, devenu par la puissante élévation des Alpes la plaine de la Crau : la réserve des Coussouls était créée le 8 octobre 2001.

Verrue dans les paysages de Van Gogh

Depuis, notre région s’est construite dans le respect de ses paysages et de sa biodiversité : le tourisme et l’agriculture, comptant de nombreuses appellations qui valorisent la qualité de ses produits, constituent les deux piliers de notre économie, générant des milliers d’emplois durables et non délocalisables.

Il vous reste 68.79% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
Exit mobile version