Le journaliste José Ruben Zamora s’avance vers les caméras, en ce matin ensoleillé du 18 février, dans la capitale guatémaltèque. Cheveux blancs, lunettes de soleil, cravaté et élégant comme il l’est toujours, l’ancien patron du plus prestigieux journal du Guatemala, El Periodico, vient de sortir de prison, après deux ans et trois mois en détention, à la suite d’accusations peu dignes de foi. Assigné à résidence, il ne sait encore s’il va retourner dans sa cellule comme cela lui est déjà arrivé. Il a pourtant donné rendez-vous à la presse devant le ministère de l’intérieur. Il montre la requête qu’il s’apprête à déposer auprès des autorités et en détaille le contenu. « Le plus urgent est de demander officiellement la fermeture de la Fondation contre le terrorisme [FCT], explique-t-il. Dans ses statuts, la Fundaterror, comme on la connaît au Guatemala, est une ONG apolitique dont l’objectif est la promotion de l’Etat de droit. Dans les faits, elle nous a terrorisés et persécutés depuis des années. » Puis Zamora s’engouffre dans le bâtiment.

« Il a eu beaucoup de courage. C’est la première fois qu’on porte un coup à cette organisation criminelle, car c’est ainsi que je la définis, constate Thelma Aldana, ex-procureure générale du Guatemala (2014-2018), candidate à la présidentielle de 2019, écartée du scrutin in extremis et aujourd’hui exilée à Washington. La FCT prétend lutter contre le terrorisme alors qu’elle a mené la pire campagne de terreur contre la justice et la société. » La fondation a obtenu en quelques années la mise au ban de ceux qui, comme Thelma Aldana, ont voulu lutter contre la corruption et la violence.

L’histoire de la FCT est intimement liée à celle du pays. A la fin de la guerre civile (1960-1996), qui a fait plus de 200 000 morts et disparus, les accords de paix s’attachent à démanteler les forces paramilitaires. En 2004, la Mission de vérification de l’Organisation des Nations unies (ONU) au Guatemala (Minugua), créée pour appliquer ces accords, témoigne pourtant de son impuissance face à la violence qui continue d’accabler le pays. La Minugua estime que les groupes paramilitaires se prêtent toujours à des enlèvements, au trafic d’êtres humains et de drogue. La mission propose la mise en place d’une commission d’enquête indépendante. Cette Commission internationale contre l’impunité au Guatemala naît deux ans plus tard et va épauler de manière exceptionnelle le parquet pour enquêter sur la corruption et le crime organisé pendant treize ans.

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