Un directeur d’usine qui surjoue son rôle, « se prenant pour Caligula ». Un cadre promu qui « n’arrive pas à endosser son nouveau costume de chef » et joue « faux », sous le regard de ses subordonnés. Un nouveau venu, enfin, qui, perçu comme un imposteur, mine de l’intérieur une équipe où régnait jusqu’alors une bonne ambiance. Autant de saynètes que Jean-Michel Saussois, professeur émérite à l’ESCP Business School, a observées comme consultant, au plus près du terrain, et dans lesquelles il a pu distinguer les contours de véritables pièces de théâtre.

« Ecrire que le management est une comédie humaine où chacun essaye de tenir un rôle avec plus ou moins de facilité relève d’une évidence partagée », note-t-il, faisant référence notamment aux travaux de la sociologue Danièle Linhart. Dans Le Théâtre du management (EMS, 168 pages, 22 euros), un essai original et stimulant, M. Saussois se saisit de cette proximité entre l’art du management et celui du théâtre pour permettre au lecteur de mieux appréhender les rouages des organisations et la complexité des processus managériaux qui les animent.

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« Pour comprendre le management, (…) je vais le transposer au théâtre », indique l’auteur, afin de donner à écouter, à voir, à sentir, et de permettre ainsi de mieux comprendre sa mécanique. Prenant appui sur des textes reconnus, il met la puissance évocatrice du théâtre, « art de la suggestion », au service de la pédagogie.

Molière et les imposteurs

Pour justifier ce choix, l’auteur cite le dramaturge flamand Guy Cassiers : « Le théâtre nous donne les moyens de regarder différemment les choses que nous croyons connaître. Ainsi, par la fiction, nous pouvons nous rapprocher de la réalité parce qu’à travers l’imagination que provoque la fiction nous pouvons créer un lien intime, un moyen d’accès très personnel à quelque chose ou à quelqu’un. » Avec l’apport de ce « théâtre des faits », il n’est pas besoin de « voix off qui expliquerait doctement ce qu’il faut comprendre ». Le spectateur ressent, les scènes lui apportant naturellement les questionnements nécessaires.

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