Le 8 avril sera rendue une décision de justice, confirmant ou rejetant une ordonnance de non-lieu qui sidère tous les spécialistes du génocide des Tutsi et des crimes contre l’humanité. Ce non-lieu du 20 août 2025 vise à clore une information judiciaire ouverte dix-sept ans plus tôt contre Mme Agathe Kanziga, veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana [1937-1994], accusée de « participation à une entente en vue de commettre un génocide et des crimes contre l’humanité, (…) complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité ».
Le parquet, c’est précieux, a aussitôt fait appel du non-lieu prononcé. Tout comme les parties civiles. Pour d’excellentes raisons. « Victime » selon l’ordonnance, Agathe Kanziga est tenue par les historiens, par les experts et par les enquêteurs comme une extrémiste hutu au rôle dissimulé mais documenté. Ce non-lieu, qui néglige la preuve des sources et le travail des historiens du dernier génocide du XXe siècle, rend possible la validation d’une « vérité alternative » par l’institution judiciaire. C’est vertigineux.
Trois jours après l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie à son mari et fut le signal déclencheur du génocide des Tutsi, Agathe Kanziga fut exfiltrée de Kigali, sur ordre du président François Mitterrand, par le premier avion militaire français dépêché pour rapatrier nos ressortissants.
Le rôle de la première dame rwandaise était alors déjà bien établi : dès juin 1991, le colonel René Galinié, attaché de défense français à Kigali, notait dans un télégramme diplomatique que les membres du premier cercle du pouvoir « paralysent l’action du chef de l’Etat et minent ses éventuelles velléités de transformation en profondeur. Parmi eux se distingue son épouse ». Des rapports d’organisations des droits humains et de l’opposition rwandaise, ainsi que des témoignages, la mettaient directement en cause comme extrémiste absolue. François Mitterrand, si lié au pouvoir en place à Kigali, accueillit Agathe Kanziga avec un bouquet de fleurs à son arrivée à Paris, avant de découvrir qu’elle avait, dit-il, « le diable au corps » : « Si elle le pouvait, elle continuerait à lancer des appels aux massacres à partir des radios françaises. »
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