A Draguignan (Var), au-delà du bilan du maire sortant, des électeurs le choisissent aussi pour le lien « affectif »

Dimanche matin, dans la cour de l’école Jacques Brel, légèrement à l’extérieur de la ville de Draguignan (Var), une odeur de béton mouillé et neuf petits degrés, inhabituels pour un début de printemps provençal. Cela n’empêche pas le parking d’être plein : des voitures en warning, garées n’importe comment, dont les conducteurs déboulent pour aller voter en vitesse sous la pluie.

Les taux de participations à la mi-journée sont bien plus élevés qu’au premier tour. Ici, c’est un duel entre le maire sortant Richard Strambio (sans etiquette), un enfant du pays, kiné de profession, et un député Rassemblement national (RN), Philippe Schreck, né dans la Meuse. Au premier tour, le candidat lepéniste est arrivé en tête, avec 44,7 % des voix. Il a été rapidement rejoint par François Gibaud (divers droite), ancien adjoint de Richard Strambio, qui avait réuni 6,87 % des voix au premier tour. Le duel s’annonce donc très serré pour le maire sortant.

Alors, cette fois-ci, Richard Debord 76 ans, retraité, et sa femme, Edda, 70 ans, sont venus voter pour soutenir « leur » maire. La semaine dernière, ils étaient en vacances, et n’avaient pas fait de procuration.

Ce n’est pas l’étiquette extrême droite du candidat d’en face qui les inquiète − il leur arrive d’ailleurs de voter RN lors des élections nationales. Mais là, au niveau local, « ce n’est pas une question d’étiquette, mais de personnes, et d’une ville à gérer », dit Richard. « Strambio est un des rares maires de France a ne pas avoir trop augmenté les impôts locaux, » assure-t-il. « Certes, le centre-ville est mort, mais ça ce n’est pas de sa faute, c’est une conjoncture nationale. » « Et le musée qu’il a fait refaire est absolument magnifique, » rajoute Edda, sa femme.

Malgré le bilan qu’ils défendent, ils disent surtout voter pour le lien « affectif » : leurs enfants étaient à l’école avec ceux du maire sortant. Ils étaient copains et ont fait des études similaires. Sur sa liste, on retrouve le médecin de famille des Debord. « Schreck, il n’a que des retraités, des gens sortis de nulle part. Au moins, Strambio, il ne tombe pas du ciel. On a pas l’impression de voter pour un inconnu qu’on ne connaît pas. » Et puis, rappelle Edda, qui est d’origine allemande, « Schreck, en allemand, ça veut dire “peur bleue. »» 

Sofia Fischer (Nice, correspondance)

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