Gontran Dumortier se souviendra longtemps de son arrivée au lycée. Pas facile pour un fils d’exploitant bio de s’intégrer dans un établissement où « nettoyer » ses terres revient à « passer un coup de Roundup ». « Ça doit être dégueulasse chez toi », l’accueille-t-on dès ses premiers jours de classe. En terminale bac pro conduite et gestion de l’entreprise agricole (CGEA) à Yvetot (Seine-Maritime), la moitié des 30 élèves sont enfants d’agriculteurs, mais seule la famille de Gontran Dumortier a renoncé aux pratiques majoritaires. A force de vidéos montrant la ferme familiale et ses rendements comparables à ceux de ses camarades, les critiques finissent par s’amenuiser. Dans les vastes plateaux calcaires du pays de Caux, l’agriculture intensive est solidement implantée.

Ici les champs à perte de vue de lin, de blé, de pommes de terre et de betteraves dessinent la campagne. Les grandes cultures couvrent la moitié des surfaces agricoles du département, de cette agriculture dite sobrement « conventionnelle ». Les pulvérisateurs sillonnent ce paysage façonné par la mécanisation et l’usage d’intrants chimiques, dont les controversés néonicotinoïdes des champs de betteraves. En 2023, l’agriculture biologique n’y représentait que 3 % des terres agricoles.

« La Normandie concentre certaines des terres agricoles les plus fertiles et productives du pays », souligne Guillaume Couvet, professeur d’agronomie au lycée agricole d’Yvetot (Seine-Maritime). La qualité « exceptionnelle » des sols, « profonds et riches », et le climat « propice » réunissent, selon lui, toutes les conditions d’une agriculture très lucrative dans la région, première productrice de lin en France.

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