- Léon XIV débute une visite de deux jours en Algérie à partir de lundi.
- C’est la première fois qu’un pape se déplace dans ce pays à majorité musulmane.
- L’objectif ? « Affronter un défi commun de coexistence » avec le monde islamique, assure le Vatican.
Un voyage historique sous le signe du dialogue entre islam et christianisme. Léon XIV est attendu lundi pour une visite de deux jours en Algérie, la première d’un pape dans le pays à majorité musulmane. Dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient, la coexistence pacifique sera au cœur de son message dans ce pays de 47 millions d’habitants, à 99% musulmans. « Il s’agira de s’adresser au monde islamique, mais aussi d’affronter un défi commun de coexistence »
, a déclaré jeudi le directeur du service de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni.
En Algérie, la visite est d’ores-et-déjà saluée dans la presse locale pour sa « portée symbolique et historique »
, bien au-delà des 9.000 catholiques présents dans le pays. Pour le quotidien gouvernemental El Moudjahid
, elle est représentative du « soft power algérien »
. C’est « un acte diplomatique majeur pour l’Algérie, qui traduit une reconnaissance de sa stabilité, de son rôle de médiateur régional et de sa capacité à dialoguer avec des acteurs globaux »
, affirme le journal.
Il ne se rendra pas au monastère de Tibhirine
Léon XIV sera reçu lundi matin par le président Abdelmadjid Tebboune et prononcera un premier discours devant les autorités et le corps diplomatique. Aucun bain de foule n’est prévu dans la capitale et la fameuse papamobile restera à l’aéroport. L’après-midi, le pape visitera la Grande Mosquée et rendra hommage aux figures de la mémoire algérienne dans un geste de reconnaissance de l’histoire nationale. Il rencontrera également la population algérienne dans la cathédrale Notre-Dame d’Afrique, qui surplombe la baie d’Alger.
Le pape se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 « martyrs d’Algérie », des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002), symbole du prix payé par les religieux engagés dans le dialogue avec l’islam. Mais il ne se rendra pas au monastère de Tibhirine, dont les moines furent enlevés et assassinés en 1996, un épisode encore entouré de zones d’ombre.
L’étape la plus symbolique pour le pape natif de Chicago aura lieu mardi avec un déplacement à Annaba, ancienne Hippone, dont Saint Augustin fut l’évêque. Il y donnera une messe dans la basilique qui surplombe la ville. Pour sa première apparition publique le jour de son élection, Robert Francis Prevost s’était présenté comme « un fils de Saint Augustin », en référence à l’ordre dont il est issu, fondé au XIIIe siècle sur des préceptes de vie commune et de partage.
Quelques jours avant la visite, trois ONG internationales, dont Human Rights Watch, ont exhorté le pape à soulever les questions de droits humains et de liberté religieuse auprès des autorités algériennes, affirmant que les minorités religieuses « font face à des restrictions juridiques et administratives discriminatoires »
. L’islam est religion d’État en Algérie mais la constitution garantit la liberté de culte, sous réserve d’un agrément des autorités pour le lieu de culte et le prédicateur.
Ce déplacement ouvre la première grande tournée internationale du pape de 70 ans qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale du 13 au 23 avril, un marathon de 18.000 km à la cadence effrénée et à la logistique complexe. Elle pourrait également lui donner l’occasion de s’exprimer sur l’actualité internationale. « Assez de l’idolâtrie du moi et de l’argent! Assez des démonstrations de force! Assez de guerre! La véritable force se manifeste en servant la vie »
, a-t-il déclaré samedi depuis le Saint-Siège.

