• Le groupe sud-coréen BTS vient de faire un retour fracassant après quatre ans d’absence.
  • Par-delà les chiffres fous, leur succès témoigne de la place centrale de la Corée du Sud dans la pop culture mondiale.
  • Des États-Unis à l’Espagne en passant par la France : le meilleur des producteurs du moment s’est penché sur le berceau de leur nouvel album, l’excellent « Arirang ».

Quatre millions d’albums vendus en 24 heures. 18,4 millions de spectateurs dans le monde devant leur concert de retrouvailles diffusé sur Netflix le 21 mars. Une prochaine tournée de 82 dates à travers 23 pays – dont une escale au Stade de France – qui pourrait générer près de deux milliards de dollars, selon les experts. Des ventes de produits dérivés en hausse de 430% la semaine de la sortie de leur nouvel album et un boom des requêtes pour la Corée du Sud sur les sites de réservation de voyages… N’en jetez plus !

Depuis le retour des BTS, après une pause de quatre ans pour cause de service militaire obligatoire, tout le monde ne parle que des chiffres, spectaculaires bien qu’un peu abstraits. Cette focalisation sur le business des rois de la K-Pop fait partie intégrante de leur « narratif », comme on le dit aujourd’hui à propos des moindres faits et gestes des grands de ce monde. Ces ambassadeurs de l’Unicef n’ont-ils pas pris la parole à la tribune des Nations unies en 2021 ? Tout ça ferait presque oublier la raison d’être de leur popularité auprès des fans, au-delà des looks et des chorégraphies : la musique.

Les BTS sur scène à Séoul le 21 mars 2026. – AFP

Depuis leurs débuts en 2013, les BTS sont devenus les plus gros vendeurs de l’histoire de la K-Pop, un cocktail inventif de pop, de R’n’B, de hip-hop et de dance music qui a progressivement intégré la langue anglaise afin de viser le public international. Cette ouverture a connu un coup d’accélérateur avec le tube « Boy With Luv » avec la chanteuse américaine Halsey, et « My Universe », leur collaboration avec les Britanniques de Coldplay. Arirang, leur nouvel opus, pousse le bouchon encore plus loin en incorporant des influences inattendues dans ce genre de blockbuster destiné au jeune public. Leur séjour récent aux États-Unis n’y est certainement pas étranger…

Une véritable superproduction mondiale

Comme on peut le voir dans le documentaire BTS : le retour, disponible ce vendredi 27 mars sur Netflix, les sept membres du groupe se sont retrouvés l’été dernier dans une grande maison blanche avec piscine sur les hauteurs de Los Angeles afin de mettre en boîte ce nouvel opus très attendu. Tout est fait pour donner le sentiment que Jin, Suga, J-Hope, RM, Jimin, V et Jungkook, qui ont tous passé le cap de la trentaine, sont désormais seuls maîtres à bord du navire. Ce qui est sans doute un peu exagéré : en jetant un œil aux crédits du disque, on découvre une ribambelle de producteurs internationaux.

« Body To Body », le premier titre, est un cas d’école. Hyper efficace, il a été co-écrit par Ryan Tedder, le chanteur de OneRepublic, responsable de nombreux tubes pour Adele et Taylor Swift ces dernières années ; le DJ Diplo au CV long comme le bras, de Justin Bieber à Britney Spears en passant par The Weeknd ; mais aussi par Maxime et Clément Picard, alias Picard Brothers, un duo français qui a notamment travaillé avec l’Anglaise Dua Lipa. La touche coréenne dans tout ça ? Un sample aérien de « Arirang », un chant traditionnel vieux de 600 ans qu’on entend à l’arrière-plan.

La Corée du Sud au centre de la pop

Avec leur mélange sophistiqué de couplets rap et de refrains soul, « Hooligan » et « Aliens » sont le genre de petites bombes que Justin Timberlake et son vieux complice Timbaland rêveraient d’enregistrer en 2026. Le premier porte la patte d’El Guincho, un fidèle de la superstar espagnole Rosalía. Le second, celle de Mike Will Made It et de Pluss, un duo incontournable du hip-hop américain récompensé aux Grammy Awards pour le magique « Humble » de Kendrick Lamar. Enfin pour « Swim », le premier single entêtant, on retrouve Ryan Tedder entouré de Tyler Spry, à l’œuvre sur le dernier album de Bad Bunny qui a triomphé aux Grammy Awards.

Cette grande entreprise de « crossover » va encore plus loin avec « Merry Go Round » qu’on jurerait tout droit sorti d’un album du groupe de rock psychédélique australien Tame Impala. Normal : son chanteur et maestro Kevin Parker en est l’auteur ! Tout aussi déroutant, l’imparable « Like Animals », écrit par le chanteur anglais de rock alternatif Artemas, débute par une intro à la guitare acoustique et une ligne vocale inspirée qui rappelle l’ouverture du mythique « Where Is My Mind ? » des Pixies sur lequel lorgnait déjà le récent « Actually Romantic » de Taylor Swift. Il y a pire comme référence.

Ce kaléidoscope d’influences se clôt par « Into The Sun », une charmante ballade dont l’utilisation de l’autotune rappelle furieusement les albums du chanteur folk américain Bon Iver. Les mauvaises langues diront qu’Arirang est un produit calibré pour viser le plus large public possible. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Il donne surtout à entendre comment la Corée du Sud est devenue en quelques années LE pôle d’attraction de la pop culture mondiale, à l’image du succès d’un film comme Parasite, d’une série comme Squid Game ou d’un film d’animation comme K-Pop Demon Hunters. On aimerait en dire autant d’un groupe français, non ?

Jérôme VERMELIN

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