« Je ne veux pas parler de lui ! » A peine débarquée au café des Buttes-Chaumont, à Paris, où elle nous a donné rendez-vous, Elsa Wolinski lâche : « Je ne peux pas, c’est trop douloureux. » Elle est pourtant là, radieuse et sans fard, devant son café tartines. Des trois filles de Georges Wolinski, géant du dessin de presse, cette jolie brune est la petite dernière. Celle qui l’a peut-être connu de façon privilégiée : elle a vécu « en fille unique » avec lui et Maryse, sa mère, à partir de ses 8 ans, moment où ses demi-sœurs, nées de l’union entre le dessinateur et sa première épouse, ont eu l’âge de quitter le foyer.

Quand Georges Wolinski a été assassiné lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, à 80 ans, Elsa en avait 40, ses sœurs – jamais aucune d’elles ne dit « demi » – Natacha et Frédérica, 53 et 55 ans. De leur père, Elsa Wolinski chérit le souvenir, bien sûr. « Les valeurs qu’on nous a léguées en héritage, c’est joli, cela me va, évidemment. Mais cette œuvre m’étouffe, elle me pèse, à un moment où j’ai juste envie d’exister par moi-même. » Ses sœurs ? Des « soldates », admire-t-elle.

Quand, elle, avoue avoir parfois « du mal à tenir debout ». « Je n’ai pas leur bouclier, je pleure de tout, je me bats à propos de tout, confie-t-elle. Je suis comme ça, une mélancolie très wolinskienne. » Si elle est présente au rendez-vous, c’est pour Natacha, et elle seule. « S’occuper de l’œuvre de Wolinski, pour elle qui est journaliste dans le domaine des arts, c’est une mission. Elle en parle avec une telle intelligence, une telle poésie ! C’est sans doute sa façon de faire son deuil. Mais moi, peut-être n’ai-je pas envie de le faire, ce deuil. » Georges ou Wolinski… La chroniqueuse, entrepreneuse, influenceuse et militante féministe Elsa Wolinski l’appelle ainsi. Mais « “papa”, non, ce mot, vous ne l’aurez pas de moi ».

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