A quoi sert le logement social ? La réponse semble aller de soi, alors que progressivement, depuis plus d’un siècle, s’est imposée la nécessité pour les pouvoirs publics d’aider les familles populaires, notamment les plus défavorisées, à trouver un toit. Or cette évidence n’est plus tout à fait vérifiée aujourd’hui. Le parc de HLM – composé de 5,4 millions de logements, soit près de 16 % du total des logements loués – parvient de moins en moins à loger ceux pour qui il est le plus fait : les ménages en situation de précarité financière et sociale.
Une étude rendue publique mardi 17 mars par l’Agence nationale de contrôle du logement social met en lumière l’inadéquation entre les loyers des logements existants et les moyens des locataires. Ainsi, alors que 62 % des demandeurs de logement HLM ont des ressources inférieures aux plafonds des logements très sociaux (dits « PLAI », dont la construction est la plus aidée par des prêts avantageux), ce type d’habitations ne constitue que 41 % du parc existant, part elle-même en baisse constante. A l’inverse, le poids des logements destinés aux demandeurs aux ressources plus élevées ne cesse de croître.
Paupérisation de la population d’un côté, montée en gamme et des prix des logements sociaux de l’autre. Le décalage entre les besoins et l’offre ne cesse de se creuser. Tout se passe comme si ce secteur-clé pour la justice sociale marchait sur la tête. Le fait que l’alarme soit sonnée par l’agence de l’Etat chargée de contrôler le secteur ne fait qu’appuyer le diagnostic.
Les responsabilités de cette situation aberrante et dangereuse sont multiples : à celle des maires, réticents à accueillir les populations défavorisées, s’ajoute celle des organismes HLM, pour qui les logements très sociaux, aux loyers très bas – un peu plus de 6 euros le mètre carré en moyenne –, sont peu rentables. Quant à l’Etat, il s’est désengagé du Fonds national d’aide à la pierre, qui a longtemps compensé le manque à gagner lié aux bas loyers.
Cette situation s’inscrit dans un contexte d’envolée des demandes de logement social, qui ont atteint un nombre record de 2,9 millions fin 2025. Elle reflète une problématique plus large : la paupérisation des classes populaires, liée à la précarisation du travail. Nombre des locataires du parc HLM le plus social ont un ou des emplois, mais mal rémunérés.
A contrario, le décalage croissant entre offre et demande de HLM valide puissamment la logique de la politique de la ville fondée sur l’idée d’efforts conjoints des élus locaux, des bailleurs sociaux et de l’Etat, pour éviter le creusement des poches de pauvreté et favoriser la mixité sociale. Il conduit néanmoins à un regard critique sur les politiques de rénovation urbaine, qui tendent à restreindre le parc locatif accessible aux plus défavorisés, en remplaçant des barres et tours habitées par ces derniers par des immeubles aux loyers qui ne leur sont pas accessibles.
Il est urgent de mettre fin à la cécité et au mutisme sur le logement social, au cœur des colères et des rancœurs des Français. Ce secteur doit retrouver sa raison d’être par une action et un financement volontariste de l’Etat, à rebours des tendances actuelles marquées par la remise en question des quotas légaux de construction de HLM et par l’extension des pouvoirs des maires de sélectionner les locataires. La question du logement, préoccupation majeure des électeurs, très insuffisamment portée par les discours politiques, doit devenir l’un des débats-clés de la prochaine élection présidentielle.
