En janvier, au Forum économique mondial, à Davos, le président français, Emmanuel Macron, a suscité l’enthousiasme, autant par ses lunettes que par le fond de son intervention, grâce à un discours ferme dénonçant les pressions exercées par les Etats-Unis sur l’Europe. Dans un registre comparable, le premier ministre canadien, Mark Carney, est lui aussi apparu comme une figure de référence, allant jusqu’à citer Le Pouvoir des sans-pouvoir (1978), de l’intellectuel et ancien président tchèque Vaclav Havel (1936-2011). La dissidence tchécoslovaque face au communisme se révèle ainsi singulièrement actuelle comme credo de résistance au trumpisme.

Après une année marquée par l’acceptation tacite d’une politique étrangère de type bully (« harceleur »), le soulagement suscité par un geste de résistance à la superpuissance est psychologiquement compréhensible. Mais ni les lunettes françaises ni les citations canadiennes ne doivent masquer une réalité plus dérangeante : la situation présente ne se donne pas à voir de la même manière selon que l’on parle de la position des grandes puissances, des acteurs intermédiaires ou des petites démocraties.

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La scène mondiale n’a jamais été symétrique. Les grandes puissances peuvent provoquer des déplacements tectoniques dans l’ordre géopolitique ; les autres ont toujours dû apprendre à survivre dans les failles qui les séparent. Pour les Etats les plus puissants, l’approche du président américain Donald Trump peut encore être interprétée comme transactionnelle, voire réaliste. Pour de petites démocraties, en Europe orientale comme en Asie du Sud et de l’Est, qui ont depuis des décennies lié leur destin aux Etats-Unis dans l’espoir d’assurer leur survie à proximité de la Russie ou de la Chine, la doctrine Trump apparaît non comme une simple inflexion stratégique, mais comme une politique étrangère qui délégitime la démocratie elle-même.

Logiques divergentes

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