Ilham Omar en rit encore. Même si quinze ans ont passé depuis son premier coup d’éclat, un jour de printemps de l’année 2011. La militante féministe kurde de la ville de Kamechliyé, dans le Nord-Est syrien, apprend à cette époque qu’une jeune fille est enfermée chez elle par un grand frère ulcéré par les supposées « mauvaises fréquentations » de sa benjamine. « Nous y sommes allées à trois femmes. Nous sommes entrées en lui faisant croire qu’une escouade de miliciens armés attendait dans la rue. Puis nous sommes ressorties avec la fille ! »

Ce début d’année 2026 lui donne pourtant peu d’occasions de sourire. Elle peut certes mesurer le chemin parcouru depuis 2011, elle qui a contribué à la rédaction des lois adoptées par l’Administration autonome du nord et du nord-est de la Syrie (Aanes). « Nous avons interdit la polygamie, le mariage des mineures, les filles héritent de la même part que les garçons, une femme n’est pas obligée d’être accompagnée par un tuteur garant de sa bonne moralité quand elle témoigne, nous luttons contre les violences domestiques… » Autant de dispositions inimaginables dans la quasi-totalité des pays de la région.

Mais l’arrivée de la nouvelle armée syrienne aux portes des villes du Nord-Est, début janvier, et la fin programmée des institutions kurdes, appelées à se dissoudre au sein du nouvel Etat bâti par la coalition islamiste du président de transition, Ahmed Al-Charaa, la rendent « anxieuse ». Le jour, elle s’emploie à exfiltrer des militantes et fonctionnaires de l’Administration autonome restées sur les territoires nouvellement conquis par les forces de Damas, les 17 et 18 janvier, alors qu’une grande partie de la population kurde s’est enfuie. Le soir venu, elle assure, armée, des rondes dans son quartier au sein des Unités de protection des communautés, des volontaires qui patrouillent dans toutes les zones de peuplement kurdes, communément appelées ici « Rojava » (le Kurdistan de l’ouest).

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