Il est des actes politiques dont la portée ne se mesure qu’avec le temps. La déclaration de Nainville-les-Roches, en 1983, en est une. En reconnaissant aux autres communautés une légitimité à vivre sur cette terre et à participer à la construction d’un avenir commun, les représentants du peuple kanak ont effectué un geste rare dans l’histoire des décolonisations : partager l’exercice de leur droit à l’autodétermination plutôt que l’imposer seuls.
Ce choix a rendu possibles les accords de Matignon, en 1988, puis ceux de Nouméa, dix ans plus tard, et a permis près de trente ans de stabilité relative. Il reposait sur une hypothèse simple : la bonne foi réciproque. C’est cette hypothèse qui vacille aujourd’hui.
Le droit à l’autodétermination, consacré par les textes internationaux, est permanent et inaliénable. Il ne s’éteint pas par son exercice. La Cour internationale de justice l’a rappelé dans son avis sur le Kosovo : des dispositifs transitoires ne peuvent en épuiser la portée. Les consultations organisées dans le cadre de l’accord de Nouméa ne suffisent donc pas à clore juridiquement la question. Un processus d’autodétermination ne s’achève véritablement que lorsque le peuple concerné consent durablement à l’ordre politique qui en résulte. Or ce consentement est aujourd’hui profondément fragilisé.
Les faits sont connus. Le rééquilibrage économique et social, pilier de l’accord de Nouméa, n’a été que partiellement réalisé : les inégalités entre le sud et le reste du territoire persistent. Le maintien du troisième référendum, en décembre 2021, en pleine période de deuil collectif lié au Covid-19, a entamé la confiance dans le processus. Le comité des droits de l’homme de l’ONU avait lui-même exprimé ses préoccupations. Participation : 43,9 %. Abstention indépendantiste : 96,5 %. La tentative de réforme unilatérale du corps électoral, en 2024, a déclenché une crise majeure : des vies perdues, des centaines de milliards de dommages, 15 000 emplois disparus.
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