La Journée internationale des mathématiques est passée presque inaperçue le 14 mars. Notée 3/14 à la manière anglo-saxonne, cette date fait référence au célèbre nombre π, dont la valeur approchée est 3,14. Mais pourquoi célébrer un nombre non seulement irrationnel mais également transcendant ? Irrationnel, car il n’est égal à aucune fraction, que ce soit 22/7 ou 355/113… Transcendant, car il ne satisfait aucune équation polynomiale à coefficients entiers (du type axn + bxn-1 = 0). Cette complexité ne reflète-t-elle pas notre monde actuel, aussi insaisissable qu’imprévisible ?
Le 14 mars 2011, j’étais à l’université palestinienne Al-Qods, séparée de Jérusalem-Est par la tristement célèbre clôture de sécurité israélienne. Lors de sa construction, le campus a failli être coupé en deux. Grâce à des manifestations et au soutien de l’administration américaine, il a finalement pu conserver son terrain de football, ce qui explique une étrange encoche dans le tracé du mur. Blotti dans un coin, un modeste bâtiment en tôle abrite un minuscule musée mathématique, le « Meet Math », qui existe encore aujourd’hui.
Ce jour-là, un concours de récitation des décimales de π y était organisé. Le vainqueur serait celui ou celle capable d’en réciter le plus grand nombre devant un jury. Le président du jury m’a confié qu’un garçon venait d’en énoncer 1 500 et que son ami promettait d’en réciter 3 000 ! Voir ces longues files d’enfants, concentrés, attendant leur tour pour déclamer cette suite de chiffres, avait quelque chose de bouleversant. Comme si, dans ce lieu de tensions, leur fascination pour π défiait le chaos alentour. J’y ai vu un symbole d’espoir pour la jeunesse.
« Palais mental »
Certains collègues m’ont ensuite affirmé qu’apprendre 3 000 décimales n’a aucun intérêt mathématique et qu’un tel concours n’a pas sa place dans un musée scientifique. Pourtant, je me souviens de ma visite au Palais de la découverte lorsque j’étais adolescent. Dans la salle circulaire consacrée à π, ses décimales s’enroulaient en spirale sur les murs. J’avais été captivé. J’en avais appris par cœur une centaine, aujourd’hui oubliées, mais ce n’était certainement pas du temps perdu.
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