A Lille, l’accord de Stéphane Baly avec le PS passe mal pour une partie des Ecologistes

Deux heures à peine après l’annonce officielle de la fusion de la liste de l’écologiste Stéphane Baly avec celle du Parti socialiste (PS) lillois emmené par le maire sortant, Arnaud Deslandes, un message lapidaire est publié sur Instagram : #NotInMyName #Lille. Il émane de Stéphanie Bocquet, conseillère municipale sortante et présidente du groupe écologiste au département. Ecologiste depuis trente-cinq ans, une voix écoutée ici, elle ne claquera pas la porte pour autant, même si sa préférence allait à un accord avec la candidate de La France insoumise (LFI) Lahouaria Addouche, qui a créé la surprise dimanche dernier, en talonnant la liste PS avec 23,36 % des voix : « C’était l’occasion d’une nouvelle page blanche. Faut pas avoir peur de l’inconnu. »

A Hellemmes, commune associée à Lille depuis 1977, la liste verte rassemblée derrière Simon Jamelin est également arrivée en 3e position du trio de tête, sorti dans le même ordre qu’à Lille : PS-LFI-Ecologistes. Mais le deuxième tour prend une tout autre allure, puisque Simon Jamelin retire purement et simplement sa liste : en désaccord avec le maire sortant, avec qui les relations ont été difficiles pendant tout le mandat qui s’achève, et avec Lucas Fournier, tête de liste LFI à Hellemmes qui, pourtant, lors des tractations de lundi « a fait des propositions fortes en matière de gouvernance » et avec lequel il était arrivé à « une grande convergence programmatique ».

« Grosso modo, ça se divise à peu près en 50/50 » assure un Vert lillois qui tente d’imaginer ce qu’il adviendra du vote écologiste pour ce deuxième tour. « On essaie de calmer le jeu, mardi c’était vraiment chaud et Stéphane Baly s’en est pris plein la figure par ceux qui voulaient rejoindre LFI et qui lui reprochent d’avoir décidé seul finalement. Tout le monde était dans l’émotion et, en plus, on est crevés », ajoute-t-il, préférant rester anonyme « pour ne pas en rajouter en ce moment ». C’est d’ailleurs aussi ce qu’ont demandé les instances régionales des Ecologistes, inquiètes des effets délétères d’un déballage de linge sale en public entre ces deux tours.

Qu’en pensent les électeurs écologistes ? Là aussi, une fracture se dessine. « On sort d’un mandat socialiste qui n’a pas été mauvais sur les questions portées par les écolos. Deslandes continuera dans cette voie s’il est élu avec nos voix », raisonne Antoine Gilman, enseignant qui vit dans le quartier de Fives « et écolo depuis un bon vingt ans ». Louise Morel, issue d’une famille « de droite mais pas coincée » n’est pas non plus heurtée par ce choix politique. « Faut être réaliste, les “insoumis” font des propositions intenables : cantine, transports, parkings gratuits. Et ils financent comment tout ça ? » interroge cette graphiste qui approuve la décision de Stéphane Baly. A la terrasse d’un café sur la place Degeyter de Fives, ils discutent avec un copain « bien énervé par tout ça ». Il hésite entre voter LFI et « aller manger une gaufre sur la côte belge dimanche ».

Deux meetings sont prévus ce jeudi soir. Au gymnase pour soutenir la nouvelle liste PS-Ecologistes et à Lille Grand Palais où Jean-Luc Mélenchon vient prêter main-forte à Lahouaria Addouche. Qu’il ait choisi Lille pour son dernier meeting des municipales en dit long sur les espoirs de LFI ici. On sera à vingt-quatre heures de la fin d’une campagne qui tient en haleine. 

Florence Traullé (Lille, correspondante)

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