Marion Seibel, fondatrice du Club des seins, le 4 février 2026, à Paris.

Quand je fais appel à mes premiers souvenirs gustatifs, je pense d’abord aux vacances chez mes grands-parents. Parisienne de naissance, j’ai passé mes étés entre la Bretagne, région maternelle, et le Sud-Ouest, fief paternel. Mes mets de prédilection n’étaient pas compliqués : un bon poisson, des fruits de mer, des galettes. Mon premier restaurant, c’est la crêperie ; ma madeleine de Proust, l’odeur de la galette et du beurre.

Quand je ne les mange pas chez Tanguy, ma crêperie parisienne favorite, je sors une galette de mon frigo, que j’agrémente de ce que j’ai sous la main, un œuf, du fromage, quelques légumes. J’aime quand elles sont simples et surtout kraz [croustillantes]. Je suis une compulsive des courses, j’en fais un peu tous les jours, parcourant souvent des kilomètres pour acheter du bon pain, du chocolat et autres victuailles.

En Bretagne comme dans le Sud-Ouest, on fait nos courses au marché, c’est là que j’ai développé mon amour des bons produits : tomates cœur-de-bœuf, fraises de Saint-Goustan, filets de sole… Mais j’ai toujours eu une prédilection pour les légumes. Quand mes cousins attendaient avec impatience le gigot d’agneau, je me jetais plutôt sur le gratin de blettes de ma grand-mère.

J’ai commencé à courir les restaurants en habitant à New York, c’est aussi là que j’ai développé ma passion des choux de Bruxelles, dont mes colocataires gardent encore un souvenir olfactif ému ! J’ai fait une école de commerce qui m’a permis de pas mal voyager : en Chine, en Norvège, à Londres, à New York… Au fil de mes périples, j’ai adoré découvrir de nouvelles cuisines, mais j’ai aussi pris conscience de la richesse du terroir français et de notre accès privilégié à des produits frais et de qualité. A Shanghaï, quand j’avais le mal du pays, je me réfugiais dans une crêperie de la concession française pour manger une galette.

Un repas par mois autour de valeurs communes

Si mon père m’a transmis sa gourmandise et son esprit d’ingénieur, ma mère, elle, m’a initiée à l’importance du savoir-faire et de l’artisanat. J’ai un respect et une admiration immense pour tous les métiers de la main, y compris tout ce qui a trait à la nourriture et à l’agriculture. On ne se rend pas toujours compte de la difficulté de ces métiers et du travail qui se cache derrière.

Il y a quelques années, j’ai découvert l’existence du Club des cent. Peu après, j’ai dévoré Mangeuses (Les Pérégrines Eds, 2023), de Lauren Malka. Ce livre m’a convaincue de lancer, il y a deux ans, le Club des seins – parce que les femmes ont autant envie de manger et de parler nourriture que les hommes. Nous étions déjà 45 au premier dîner, chez Pristine, en 2024.

L’idée, c’est un repas par mois, dans un restaurant différent, organisé collectivement, toujours avec des chef.fe.s invité.e.s, autour de valeurs qui nous sont chères : la saisonnalité, l’engagement, le lien et le soutien aux producteurs. Ce n’est pas un projet féministe radical : je n’ai pas à cœur d’exclure, mais de fédérer autour de la table l’énergie particulière des femmes, surtout les gourmandes.

La page Instagram du Club des seins.

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