Il en est de l’exposition Matisse au Grand Palais comme de celle qui est consacrée à Renoir au Musée d’Orsay : on y va à reculons. Sa dernière rétrospective à Beaubourg date de six ans… encore Matisse ! Or, on ressort tout guilleret : enfin Matisse !… Ou plutôt, le Matisse de la fin, qui ouvre tant de possibilités. C’est ce sur quoi se focalise la commissaire, Claudine Grammont, naguère directrice du musée consacré à l’artiste à Nice, et aujourd’hui responsable du cabinet d’art graphique du Musée national d’art moderne-Centre Pompidou.
Parmi les réticences qui pouvaient faire hésiter un critique blasé, l’idée de subir un accrochage racoleur des collections – fort riches au demeurant – du seul Centre Pompidou. Elle est fausse : non seulement l’accrochage subtil sert la démonstration, et la scénographie de Julie Boidin est pensée pour restituer l’atmosphère dans laquelle travaillait Henri Matisse (1869-1954), mais les prêts viennent de partout. Et ils sont exceptionnels en ce qu’ils permettent de réunir des groupes d’œuvres rarement vues, du moins accrochées ensemble.
Pour ne prendre que les papiers gouachés découpés, on n’avait jamais eu sous le même toit L’Escargot (1953), de la Tate Modern à Londres, Mémoire d’Océanie (1953), du MoMA de New York, La Gerbe (1953), du Musée d’art du comté de Los Angeles, les Acanthes (1953), de la Fondation Beyeler de Bâle, Zulma (1950), venue de Copenhague, et la Danseuse créole (1950), de Nice, et aussi d’autres, bien moins connues et qu’on est bien content de découvrir. Sans compter les quatre Nus bleus de 1952, qui n’ont jamais – hormis dans les livres – été montrés côte à côte. L’exposition regroupe 79 de ces papiers découpés, tous sidérants.
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