• La guerre déclenchée par l’invasion russe du 24 février 2022 entre dans sa cinquième année.
  • Au fil des ans, les deux camps ont eu recours à un usage intensif des mines, faisant de l’Ukraine le pays du monde le plus contaminé par les explosifs.
  • Un gigantesque défi pour Kiev, qui recense chaque année plusieurs centaines de victimes.

Suivez la couverture complète

Ukraine : la guerre entre dans sa 5ᵉ année

Un record dont se serait passée l’Ukraine. À l’heure où Kiev entre dans sa cinquième année de guerre contre la Russie, le pays est l’endroit du monde le plus contaminé par les mines et les explosifs : près d’un quart de son territoire, sur terre comme sur mer, est envahi.

Au total, plus de 138.000 km² de terres et 14.000 km² d’étendues d’eau sont potentiellement contaminés. Un drame pour les civils mais aussi pour l’économie : avant le conflit, l’Ukraine était l’un des greniers à céréales du monde grâce au « tchernoziom », cette terre particulièrement fertile. « Des communautés entières ont perdu l’accès à des terres essentielles pour l’agriculture et le pâturage, plongeant les ménages ruraux dans une grande précarité et les rendant plus dépendants de l’aide humanitaire« , a détaillé la semaine dernière Elliot de Faramond, spécialiste du désarmement chez Handicap International.

Des millions de pièces explosives

La région de Kherson est particulièrement touchée, la contamination par des engins explosifs ayant réduit la croissance régionale de 10 à 15 % depuis le début de la guerre. La situation s’est même aggravée en juin 2023 avec la destruction du barrage de Nova Kakhovka. Selon Handicap International, cela a entraîné la dispersion de milliers de mines et l’inondation de dizaines de milliers d’hectares de terres agricoles.

Certaines armes sont plus redoutables que d’autres. C’est le cas de la PFM-1, une mine antipersonnel de 14 centimètres de long et cinq de large. Avec sa couleur kaki et sa forme de pétale, elle se fond dans le décor. Signe particulier : elle explose sous une pression de cinq kilos ou plus, soit le poids d’un enfant. Elle est interdite par la Convention internationale d’Ottawa de 1997, sauf que la Russie n’a jamais ratifié le texte. L’Ukraine était signataire, mais elle vient de revenir sur cet engagement, invoquant l’usage « cynique » des mines antipersonnel par son ennemi. Autre cas : les mines OZM, élaborées depuis l’époque soviétique. Dite « sauteuse« , elle est propulsée à un mètre de haut pour projeter 2.400 fragments de métal jusqu’à 40 mètres alentour.

Selon l’ONU, les chiffres de cette pollution inédite depuis la Seconde Guerre mondiale pourraient se révéler encore pires. Outre l’impossibilité d’un chiffrage précis dans un pays en guerre où les 1.000 km de front et les territoires sous contrôle russe demeurent inaccessibles, un nombre incalculable d’armes seraient dans la nature. « Si vous estimez que vous avez peut-être 4 à 5 millions d’obus ou de munitions non explosés et 3 à 5 millions de mines, vous avez potentiellement 10 millions de pièces explosives dans le sol » de l’Ukraine, avait détaillé l’été dernier Paul Heslop, responsable de la lutte antimines en Ukraine pour l’ONU. Parmi ces pièces : des obus obsolètes, tirés des stocks soviétiques ou fournis par la Corée du Nord. Jusqu’à un tiers d’entre eux n’exploseraient pas au sol. Ni dans l’eau.

En novembre dernier, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) avait estimé que « 13.500 kilomètres carrés des zones aquatiques de l’Ukraine – y compris le fleuve Dniepr, les lacs et les rives de la mer Noire – sont potentiellement contaminés« . À ce jour, les plongeurs du service d’État ukrainien pour les situations d’urgence n’ont réussi à nettoyer que 190 kilomètres carrés, soit 1,4 % de la contamination totale, en retirant plus de 2.800 engins explosifs.

Sans attendre la fin de la guerre, plus de 80 entités sont à pied d’œuvre pour nettoyer le pays meurtri. Le gouvernement l’assure : il veut nettoyer 80 % du territoire d’ici 2033, en dépit des soucis de coordination, de financement et sans doute aussi de corruption. La communauté internationale y a mobilisé un milliard de dollars. Selon l’Observatoire des mines, 6.279 personnes ont été blessées ou tuées par des mines et des restes explosifs de guerre dans 52 pays et régions en 2024. L’Ukraine, elle, a recensé près de 300 victimes.

Thomas GUIEN

Share.
Exit mobile version