
Cinq jours après la mort de Quentin Deranque, et au lendemain de l’interpellation de neuf suspects – dont celle d’un assistant parlementaire du député Raphaël Arnault –, La France insoumise (LFI) est dans la tourmente. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a demandé, mercredi 18 février, à LFI d’exclure, au moins « temporairement », M. Arnault de son groupe à l’Assemblée nationale.
« La France insoumise doit faire le ménage dans ses rangs, et moi j’appelle la présidente [du groupe LFI à l’Assemblée] Mathilde Panot à exclure Raphaël Arnault de son groupe, ou tout du moins à l’exclure temporairement pour marquer cette clarification, pour dire non à la violence », a-t-elle déclaré sur Franceinfo. Jugeant que les Français ont « toutes et tous une responsabilité » quand ils votent pour les « insoumis », elle a appelé à ce qu’il n’y ait « plus jamais un député LFI au sein de l’Assemblée nationale ».
Jordan Bardella a estimé mercredi, sur Europe 1 et CNews, que Raphaël Arnault « n’a pas sa place à l’Assemblée nationale » et devrait « démissionner ».
De son côté, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a appelé, sur TF1, « chaque parti politique à se poser la question » : est-ce que « tel député ou tel élu est susceptible de me représenter, de représenter la nation et de porter le nom de mon parti » ? Elle a regretté que Jean-Luc Mélenchon « n’ait pas prononcé des mots d’apaisement » mardi soir, l’accusant également de « l’avoir fait huer » devant ses militants.
M. Mélenchon a déclaré que La France insoumise « n’accepte pas les leçons » de Sébastien Lecornu, qui avait demandé plus tôt au mouvement de gauche radicale de « faire le ménage » dans ses « rangs » après la mort de Quentin Deranque.
La présidente de l’Assemblée a demandé à ce « que tous les responsables politiques en appellent au calme, au débat d’idées ». « Là on parle de l’ultragauche, mais il y a aussi des groupuscules d’extrême droite qui sont dans la rue, qui aussi cherchent la bagarre et qui commettent des actes répréhensibles et sont mis en examen et parfois incarcérés », a-t-elle ajouté. Elle s’est en revanche dite opposée à une interdiction générale des réunions politiques dans les universités. « Chacun a le droit de pouvoir s’exprimer dans des universités (…) Il ne faut pas d’interdiction générale, parce que nos jeunes ont besoin de former leur esprit. »
« Tirer le bilan politique de ce qu’il s’est passé »
Sur Franceinfo, Alexis Corbière, député du groupe Ecologiste et social et ancien membre de LFI, a estimé qu’« il faut qu’ils [les “insoumis”] tirent un bilan politique de ce qu’il s’est passé ». Il a dénoncé « un drame terrible » qui implique « des militants, des gens proches de la Jeune Garde ». « Il faut lutter contre l’extrême droite de manière efficace, sur une ligne d’union », a martelé le député. Il s’est opposé à la « stratégie de défaite » de Jean-Luc Mélenchon qui, selon lui, « exalte une ligne radicale qui est une impasse ».
Newsletter
« Politique »
Chaque semaine, « Le Monde » analyse pour vous les enjeux de l’actualité politique
S’inscrire
M. Corbière a enfin dénoncé « l’attitude à la Trump » de Gérald Darmanin, ministre de la justice, dans le traitement de cette affaire. « Le soir même ou le lendemain de la mort terrible de cet homme, il en tirait déjà des conclusions », a-t-il regretté – le garde des sceaux avait déclaré dimanche que « c’est l’ultragauche qui manifestement a tué » Quentin Deranque. « Ils sont en train de dire que la gauche tue, l’extrême gauche tue », a dénoncé M. Corbière, évoquant « une opération qui a pour conséquence de dédiaboliser en plus l’extrême droite. »

