Nous, journalistes de l’Agence France-Presse (AFP), avons décidé de sortir de l’ombre pour faire part de notre grande inquiétude face au projet de réforme actuellement présenté par la direction, qui, en ciblant les règles régissant la mobilité des journalistes et leurs conditions d’expatriation, aura pour conséquence funeste de détruire in fine le réseau historique de l’agence.
L’AFP a vu le jour le 20 août 1944, cinq jours avant la libération de Paris, quand un petit groupe de résistants a pris le contrôle de l’Office français d’information, organe de propagande du régime de Vichy.
Leur ambition était forte : bâtir un réseau d’information indépendant et fiable, partout dans le monde. Peu à peu, le réseau s’est étoffé et l’AFP, au fil de ses quatre-vingts ans d’histoire, s’est imposée en tant qu’agence internationale aux côtés de ses deux concurrentes anglo-saxonnes, Associated Press et Reuters.
Aujourd’hui, derrière le sigle AFP, que les lecteurs trouvent en bas de milliers d’articles sur le Web et dans la presse du monde entier sans trop savoir parfois ce qu’il recouvre, derrière ces trois lettres citées au détour de flashs info à la radio, à la télévision ou qui apparaissent sous les photos qui font l’actualité, il y a un réseau mondial de plusieurs centaines de journalistes, animés par l’ambition d’offrir à leurs clients l’information la plus rapide et la plus fiable possible.
De son regard singulier sur le monde, riche des six langues dans lesquelles elle travaille, l’AFP a fait sa force. Un ciment, une vision diversifiée et partagée quelle que soit la nationalité de ses journalistes.
Grossiste de l’information, l’AFP vend ses dépêches, ses photos, ses vidéos, ses lives, ses fact-checks et son infographie à des milliers de clients dans le monde entier, en grande majorité d’autres médias qui apprécient ce regard différent, notre rigueur et notre indépendance.
L’AFP traverse aujourd’hui des difficultés financières, comme nombre de médias. Pour faire des économies, la direction veut remettre en cause ce qui fait son socle et sa force : la mobilité de ses journalistes dans l’ensemble du réseau mondial. Parce qu’elle estime que l’AFP n’en a plus les moyens, elle veut diviser par trois le nombre des postes expatriés proposés, pour des périodes de trois à cinq ans, à l’étranger.
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