Comment détermine-t-on la valeur d’un bien, d’un service ou même d’une personne ? La question est au cœur de l’ouvrage de la conférencière et militante féministe danoise Emma Holten, Nous le valons bien (Robert Laffont, 390 pages, 21,90 euros). Dans cet essai documenté et non dénué d’humour, l’autrice analyse en détail « le pouvoir des prix », qui se sont imposés à ses yeux dans les sociétés occidentales comme le mètre-étalon de toute valeur. Une « mesure scientifique » prisée par l’économie comme peuvent l’être le kilogramme ou le centimètre pour la physique, déplore Mme Holten.

Un tel choix en implique, selon elle, un autre : considérer comme négligeable tout ce qui ne peut être quantifié. « Lorsque tout a un prix, une hiérarchie se crée. Au bas de l’échelle, on trouve les choses et les personnes dont la valeur est la plus difficile à déterminer », note-t-elle. C’est le cas tout particulièrement du care, le « travail du soin », qui est le fruit d’une interaction humaine « contribu[ant] à améliorer la santé, le bien-être, le bonheur et la vie ».

Lire l’analyse de Pascale Molinier pour le projet du Liepp : Article réservé à nos abonnés Travail : la perspective du « care »

Son ouvrage dénonce ainsi l’effacement du care tant dans l’échelle des valeurs que dans les esprits. C’est le cas en premier lieu dans la sphère privée, où ce sont en grande majorité les femmes qui exercent un ouvrage de l’ombre essentiel au bon fonctionnement de la société. Et l’autrice de rappeler que si l’économiste Adam Smith (1723-1790) ne s’est jamais intéressé à la valeur de ce labeur, sa mère puis sa cousine « préparaient ses repas, faisaient sa lessive et son ménage, pour qu’il puisse écrire et enseigner ». Elle conclut : « Tout le monde gagne de l’argent grâce au travail non rémunéré, sauf les personnes qui l’effectuent. »

« Obsession de la quantification »

Le phénomène touche aussi les organisations et le travail rémunéré, juge Mme Holten, qui évoque la victoire du management par les chiffres et ses conséquences sur les salariés. « Lorsque seuls les résultats quantifiables comptent, cela a un effet dissuasif sur nous tous. Au travail, nous nous abstenons de prodiguer du care, même si nous voulons le faire, de peur d’être pénalisés. » De quoi menacer l’investissement relationnel des salariés et les bienfaits qu’il peut générer.

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