- Le président polonais, Karol Nawrocki, a annoncé vendredi retirer la distinction de l’Ordre de l’Aigle blanc au président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
- Il s’agit de la plus haute distinction en Pologne.
- Cette décision ravive la guerre mémorielle qui oppose les deux pays voisins depuis des décennies.
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Ukraine : la guerre entre dans sa 5ᵉ année
L’Ordre de l’Aigle blanc retiré à Volodymyr Zelensky. Le président polonais, Karol Nawrocki, a annoncé ce vendredi qu’il retirait la plus haute distinction du pays à son homologue ukrainien, sur fond de tensions liées à leur histoire commune. « Nous ne devons pas oublier notre histoire. Nous ne devons pas abandonner notre mémoire »
, déclare le président polonais dans une vidéo partagée sur ses réseaux sociaux. « Nous ne devons pas céder la dignité de nos victimes. C’est comme ça que nous comprenons l’importance de l’Ordre de l’Aigle blanc. La Pologne vit tant que la nation se souvient. »
Le président polonais ajoute qu’« à ce stade, je tiens à souligner que cette décision n’est pas dirigée contre le peuple ukrainien. Elle ne signifie pas un changement dans l’orientation stratégique de la politique de sécurité de la Pologne ».
En avril 2023, la remise de cette décoration à Volodymyr Zelensky avait été perçue comme l’expression d’une solidarité exceptionnelle entre les deux pays.
Nie możemy zapomnieć o naszej historii. Niech żyje Polska! pic.twitter.com/AvEiAnAR9b — Karol Nawrocki (@NawrockiKn) June 19, 2026
Mais cette décision de retirer la distinction de l’Ordre de l’Aigle blanc à Volodymyr Zelensky fait écho à celle du président ukrainien de baptiser une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) – une organisation nationaliste de la Seconde Guerre mondiale tenue pour responsable en Pologne de la mort des dizaines de milliers de Polonais.
Entre 1943 et 1945, la région de la Volhynie, ayant appartenu à la Pologne avant la Seconde Guerre mondiale et aujourd’hui faisant partie de l’Ukraine, ainsi que des régions voisines, ont été le théâtre de massacres de populations civiles polonaises par des unités de l’UPA auxquels ont parfois répondu des représailles polonaises, le tout dans un contexte d’occupation allemande et soviétique.
L’Institut polonais de la mémoire nationale (IPN), chargé de poursuivre les crimes nazis et communistes contre les Polonais, estime le nombre de victimes à entre 70.000 et 100.000. Les représailles auraient fait entre 10.000 et 12.000 victimes.
Un risque pour les relations bilatérales
En Pologne, l’action de l’UPA s’apparente à du nettoyage ethnique destiné à créer un territoire ukrainien homogène, et est considérée comme un génocide. Cette position a été officialisée en 2016 par le parlement polonais dominé alors par les nationalistes.
L’Ukraine reconnaît les massacres, mais rejette le terme de génocide, préférant parler d’un conflit tragique dans un contexte de guerre. Les historiens ukrainiens estiment notamment que la politique répressive de Varsovie contre les Ukrainiens dans ces territoires dans les années 1930 a contribué à la montée de sentiments antipolonais.
La question de l’exhumation des victimes des massacres de Volhynie constitue aujourd’hui un point clé des relations entre la Pologne et l’Ukraine. Depuis les années 1990, la Pologne cherche à identifier et enterrer les victimes. Ce processus avait été interrompu en 2017 par un moratoire ukrainien, lié à des tensions mémorielles.
Depuis 2024 et l’arrivée du gouvernement centriste polonais de Donald Tusk, un rapprochement a favorisé la reprise de la coopération : des équipes conjointes mènent des exhumations, identifient les corps et organisent des sépultures.
La décision de la Pologne de retirer sa distinction à Volodymyr Zelensky ravive ainsi la guerre mémorielle qui oppose les deux voisins depuis des décennies, mais risque surtout de nuire aux relations bilatérales, Varsovie étant l’un des plus ardents soutiens de Kiev, tant sur le plan militaire qu’humanitaire, depuis le début de son invasion par la Russie en février 2022.

