• Auteur des premier, deuxième et quatrième films signés Wes Craven, Kevin Williamson est à l’écriture et à la réalisation de « Scream 7 » au cinéma ce mercredi 25 février.
  • Un retour inattendu derrière la caméra qui coïncide avec le 30e anniversaire de la saga d’horreur.
  • Le scénariste américain de légende, à qui l’on doit aussi la série « Dawson », nous a rouvert ses archives le temps d’un entretien plein de nostalgie.

Sans lui, Sidney Prescott, Gale Weathers et Ghostface n’auraient jamais existé. Kevin Williamson est encore étudiant quand il écrit ce qui deviendra la séquence d’ouverture culte de Scream. Mis en scène par le maître de l’horreur Wes Craven qui loue le récit concocté par ce nouveau venu à Hollywood, le film raconte comment une adolescente marquée par l’assassinat de sa mère est prise pour cible par un tueur portant un masque rappelant Le Cri de Munch. Ce whodunnit sanglant lancera une franchise qui a traversé les époques sans perdre une ride et a fait frissonner 10 millions de spectateurs en France en trente ans. 

Kevin Williamson et Neve Campbell sur le tournage de « Scream 7 ». – PARAMOUNT PICTURES

Auteur de Scream 2 (1997) et Scream 4 (2011), Kevin Williamson est resté à la production des opus suivants jusqu’à ce que lui soit proposée la réalisation de Scream 7, après le départ du cinéaste Christopher Landon et l’éviction de la comédienne Melissa Barrera. C’est avec un enthousiasme communicatif que le scénariste américain, à qui l’on doit aussi Souviens-toi… l’été dernier mais aussi les séries Dawson et Vampire Diaries, a replongé dans ses souvenirs. Sans rien pouvoir nous révéler de son film – son deuxième seulement derrière la caméra depuis Mrs Tingle (1999) – qui n’a pas été montré à la presse avant sa sortie ce mercredi 25 février.

Peu importe à quel point le récit devient fou, violent et sanglant, Wes Craven m’a vraiment appris à rester humain, réaliste et ancré dans l’émotion

Kevin Williamson

Une affiche de Scream 7 rend hommage à l’original et montre le visage de Neve Campbell avec les mots « Affrontez votre passé » écrits au-dessus de sa tête. Lorsque vous avez été approché pour réaliser ce nouvel opus, avez-vous eu peur d’affronter votre passé avec Scream ?

J’ai eu tellement peur ! J’étais enthousiaste et effrayé. Le studio a laissé Neve me le demander. Ça s’est passé lors d’une réunion sur Zoom. Quand elle m’a posé la question, je me suis dit : « Oh, c’est terrifiant ! Non, je ne peux pas faire ça. » Et j’ai dit oui comme ça ! (Il claque des doigts, ndlr). Ma bouche a dit oui, ma tête était pleine d’idées folles. Et bien sûr que j’ai pleuré en fermant mon ordinateur ! (rires)

Pourquoi ?

Parce que c’était en quelque sorte un moment où la boucle se bouclait. J’avais déjà dit au revoir à cette franchise tellement de fois. Quand Wes Craven est mort, je me suis dit : « OK, c’est fini pour moi. Je ne peux plus en faire partie. » Puis Scream 5 est arrivé et je ne savais tout simplement pas comment en être sans Wes. Mais le studio m’a demandé de venir et d’être une sorte d’accompagnant. J’ai passé un très bon moment puis Scream 6 était encore mieux ! Comme Neve était de retour pour Scream 7, je me suis rendu compte qu’on pouvait revenir au premier film. Quelqu’un s’est-il déjà demandé ce qui est arrivé à Sidney Prescott ? À quoi ressemble sa vie aujourd’hui ? Où vit-elle ? À qui est-elle mariée ? Que fait-elle dans la vie ? Combien d’enfants a-t-elle ? Comment va-t-elle les éduquer ? Que va-t-elle leur dire à propos de son passé ? Comment va-t-elle les préparer si Ghostface refait surface ? 

Vous dites que « Wes Craven vous a tout appris ». Quelle est la leçon la plus précieuse que vous ayez apprise de lui et que vous aviez peut-être à l’esprit lorsque vous avez dit votre premier « Action ! » sur le tournage de Scream 7 ?

Il y avait Wes bien sûr, mais je crois aussi qu’avoir trente ans de carrière derrière moi et avoir fait 400 heures de télévision m’a vraiment aidé à me préparer (rires). Wes était très influent, il a été mon mentor. Il répondait toujours à mes questions. Même quand il était en train de préparer un plan, il me laissait m’asseoir à côté de lui. Dès qu’il arrêtait de parler, je lui demandais : « Pourquoi tu as fait ce choix-là ? » Et il me l’expliquait simplement. C’est lui qui m’a fait comprendre que vous pouvez avoir une relation émotionnelle avec la caméra. 

Il m’a beaucoup appris sur le médium visuel parce qu’en tant qu’écrivain, vous mettez tout sur le papier. Il a vraiment été le premier à m’avoir dit qu’il fallait peindre une toile. Le scénariste écrit une fois, mais le réalisateur réécrit sur le plateau lorsqu’il met en scène. Ensuite, vous pouvez réécrire le film à nouveau avec le monteur. Je ne l’ai jamais oublié. Peu importe à quel point le récit devient fou, violent et sanglant, peu importe à quel point le film devient extrême, Wes m’a vraiment appris à rester humain, réaliste et ancré dans l’émotion.

Nous avons fait passer toutes ces auditions et puis mon frère m’a dit : « Et pourquoi pas cette fille de la série ‘La Vie à Cinq’ ? »

Kevin Williamson

Avez-vous participé à l’écriture du scénario de Scream 7 ?

Ils avaient un scénario et ils m’ont laissé le retoucher. Donc j’ai pu le réécrire pendant la phase de pré-production. Avec Neve, on s’est assis ensemble. Elle a joué un grand rôle là-dedans. Elle avait vraiment un point de vue sur Sidney Prescott, à qui elle serait mariée et quel genre de parent elle serait. On a passé des week-ends ensemble. J’avais mon ordinateur et j’écrivais.

2026 marque le 30e anniversaire de Scream. Casey, joué par Drew Barrymore, est le personnage qui a tout déclenché pour la franchise. Quand et comment Sidney Prescott est-elle arrivée dans votre scénario ?

La séquence d’ouverture de Scream était une pièce en un seul acte que j’avais écrite à la fac. Le texte faisait 30 ou 40 pages. Puis je l’ai mis dans un tiroir et je n’y ai plus pensé. Je l’ai ressorti des années plus tard après avoir vu un épisode de l’émission « Dateline » sur le tueur en série Danny Rolling et je me suis dit : « Oh, ça peut donner quelque chose. Cette histoire n’est pas terminée ». Puis ça m’a frappé. Je voulais Laurie Strode (de la saga Halloween, ndlr). J’avais besoin d’une Laurie Strode pour écrire cette histoire. J’ai donc commencé à penser à Sidney Prescott. 

Neve Campbell (Sidney Prescott) et Rose McGowan (Tatum Riley) dans "Scream".
Neve Campbell (Sidney Prescott) et Rose McGowan (Tatum Riley) dans « Scream ». – Archives du 7eme Art / Photo12 via AFP

Qui est cette jeune fille ? De quoi a-t-elle peur ? Que lui est-il arrivé ? Quel est son traumatisme ? En tant que scénariste, vous voulez toujours développer un personnage en vous demandant ce qui est brisé en lui et ce qui a besoin d’être réparé. Si vous pouvez répondre à ces deux questions, vous pouvez probablement raconter une histoire captivante, car nous sommes tous brisés d’une manière ou d’une autre. Notre parcours consiste à réparer ces blessures. C’est ce que j’ai fait avec Sidney, qui est brisée. Sa mère est morte. Elle ne peut faire confiance ni se lier à personne. Elle a vraiment beaucoup de mal à trouver ses repères dans le monde. Il s’agit ensuite de voir ce qui se passe dans les conditions les plus extrêmes avec Ghostface.

Sidney a été le rôle le plus difficile à attribuer. Vous souvenez-vous de la première audition de Neve Campbell ?

Oh mon dieu, oui ! Je me souviens que nous avons fait passer toutes ces auditions et puis mon frère m’a dit : « Et pourquoi pas cette fille de La Vie à Cinq ? » Je n’ai pas compris, je ne connaissais pas cette série. Dès le lendemain, cette actrice entre dans la pièce et le directeur de casting nous dit : « Elle est dans La Vie à Cinq« . Je me suis dit : « Quoi ?! » Elle était si humaine, si réelle, si bouleversante. Vraiment géniale ! Nous avons tout de suite su que c’était elle. Le studio nous a fait rencontrer d’autres actrices mais Neve est devenue celle à qui on comparaît toutes les autres. Elle était l’actrice à battre. La même chose est arrivée pour Katie Holmes et Dawson.

Skeet Ulrich (Billy Loomis), Neve Campbell (Sidney Prescott) et le réalisateur Wes Craven sur le tournage de « Scream » en 1996. – Photo12.com – Collection Cinema / Photo12 via AFP

Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, les réalisateurs de Scream 6, nous ont dit que « renverser les attentes » était la clé d’une excellente séquence d’ouverture. La saga n’a cessé de le faire au fur et à mesure que les peurs évoluaient. Comment votre Scream 7 renverse-t-il les attentes ?

Je pense aussi qu’il faut toujours renverser les tropes du genre de l’horreur. Il faut que vous donniez ces passages obligés aux spectateurs, puis que vous les leur retiriez et les présentiez différemment. Vous devez aller à gauche et à droite, puis encore à gauche. Cela devient vraiment un exercice d’équilibre qui consiste à défier les attentes. C’est toujours un pari lorsque vous créez ces séquences. Et puis parfois, la meilleure façon de le faire est de ne pas le faire du tout. Laissez faire ! C’est peut-être la bonne voie à suivre. Ce film fait un peu tout ça à la fois.

>> Scream 7 de Kevin Williamson (1h54), avec Neve Campbell, Courteney Cox et Isabel May – au cinéma le 25 février

Delphine DE FREITAS

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