- Jamais la France n’a produit autant de pommes de terre, mais la demande n’est pas au rendez-vous.
- Les agriculteurs se retrouvent avec d’énormes excédents et une question : que faire de ce surplus ?
- Regardez ce reportage du JT de TF1 dans le Nord, leader de la production.
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Le 20H
Cinq générations se sont succédé dans la famille d’agriculteurs d’Arnaud Moreaux à Wattignies (Nord). Mais c’est la première fois qu’une crise pareille secoue son exploitation. Il a produit 2.500 tonnes de pommes de terre cette saison, et en a vendu les deux tiers, comme prévu par un contrat avec un industriel. Mais il lui reste 800 tonnes à écouler, et personne pour les lui acheter. « On espère encore des débouchés qui vont arriver, ou les industriels qui vont pouvoir se remettre aux achats d’ici au mois de mai. Là, on arrivera à les conserver jusqu’au mois de mai, mais après, les nouvelles pommes de terre arriveront, et on ne pourra plus les commercialiser »,
s’inquiète-t-il dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article.
Et Arnaud Moreaux n’est pas le seul dans cette situation. Toute la filière est en crise. L’une des raisons ? Les Français mangent moins de frites. « C’est le marché de la frite industrielle qui tire principalement le marché de la pomme de terre. Sept frites sur 10 sont consommées hors foyer. Donc, lorsque les gens commencent à restreindre leurs sorties, indirectement, on a une baisse de la consommation de la frite »,
explique Geoffroy d’Evry, président de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT).
Mais que faire de ce surplus ? La méthanisation pour produire du gaz n’utilise plus les pommes de terre. Quant à s’en servir pour l’alimentation du bétail, les coûts de transport sont beaucoup trop élevés. Et les donner, comme l’a fait en février dernier un agriculteur à Penin (Nord), n’est pas une solution viable. De son côté, Benoît Raux, agriculteur à Phalempin, toujours dans le Nord, envisage une autre option : les utiliser pour nourrir sa terre. Mais ce n’est pas sans risque. « Elle va faire une tige, cette tige va verdir, et si elle n’est pas détruite, elle risque de rencontrer
le mildiou
et d’avoir plein de spores. Alors qu’on sait que les spores de mildiou, avec le vent, c’est entre 5 et 10 kilomètres, je ne vous dis pas la contamination dans les départements des Hauts-de-France. On risque d’être à la veille d’un gros problème sanitaire »,
prévient-il face à notre caméra.
Pour l’heure, alors que les semis vont bientôt être plantés, les agriculteurs vont tenir compte cette fois du fait que les Français ont moins la frite, en produisant moins de pommes de terre. Pour Arnaud, ce sera 15% de moins, afin d’éviter la surproduction.

