• En 1914, des soldats mexicains et leurs familles ont été abandonnés par leur gouvernement sur cette île loin de toute terre habitée.
  • Trois ans plus tard, un navire américain recueillait trois femmes et sept enfants, les seuls rescapés.
  • C’est la bien étrange histoire qui marque cet atoll aujourd’hui français, et que raconte ce sujet du 20H de TF1.

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Le 20H

L’île de Clipperton est souvent considérée comme l’atoll le plus isolé au monde, au beau milieu du Pacifique. Il y a toujours une bonne raison pour qu’une île soit déserte. À Clipperton, le décor tient du paradis, comme on peut le voir dans le reportage du 20H de TF1 ci-dessus, mais même les marins chevronnés peinent à imaginer y vivre plus d’une semaine ou deux. Ceux qui en profitent réellement sont les innombrables oiseaux migrateurs, pour qui c’est la seule escale possible entre le continent et les îles Marquises. Mais l’atoll, aujourd’hui terre française, a pourtant connu une histoire humaine terrible au début du siècle dernier.

Oubliés par le Mexique

Lorsqu’on pose le pied sur cette minuscule terre émergée de 1,7 km², la seule à 1.000 kilomètres à la ronde, on se rend compte pourquoi la survie y est difficile, même pour quelques jours. Les visiteurs contemporains bénéficient d’un ravitaillement au quotidien avec de l’eau douce et de la nourriture. Mais combien de temps survivrait-on sur cette île aride, sans vivres, sans eau douce, si le bateau ravitailleur levait subitement l’ancre et disparaissait à l’horizon ? C’est l’expérience terrible qu’a vécue une garnison d’une trentaine de soldats mexicains, oubliée par son gouvernement en 1914. Le Mexique, qui jusqu’ici ravitaillait la garnison tous les 4 mois, est pris dans un cycle de soulèvements et de coups d’État de 1910 à 1920, et plus personne n’a songé aux habitants du lointain atoll.

Lorsqu’au bout de 3 ans sans le moindre ravitaillement, un navire américain, le Yorktown, s’approche de l’île et y envoie une chaloupe. Sur la plage, ne restent de la colonie que trois femmes habillées de haillons et sept enfants malingres. Le capitaine du Yorktown note dans son livre de bord : « Depuis tout ce temps, ils ont survécu de poissons, d’œufs et de viande d’oiseaux en se partageant une noix de coco par semaine pour échapper au scorbut. Ils s’en tirent assez bien, mais le plus jeune est rachitique et ne marche pas. » 

Un « roi » autoproclamé

Les femmes ont raconté leur calvaire, après que la faim et la maladie ont emporté un par un tous les hommes… sauf un. C’est le gardien de phare, qui s’est désigné « roi de l’île » et a commencé à revendiquer un droit de cuissage sur les femmes. Pour se libérer de ce bourreau, Alicia Arnaud, la veuve du capitaine de la garnison, décide de le tuer. 

Son fils Ramón avait sept ans. Témoin de ce meurtre, le 17 juillet 1917, il reviendra soixante ans plus tard sur l’îlot de son enfance, invité par le commandant Cousteau. Il ne reste plus grand-chose du phare aujourd’hui. Mais au sol, on distingue encore les fondations de la cabane de l’éphémère despote. Ironie de l’histoire, les survivantes ont été sauvées le lendemain du meurtre, alors qu’aucun bateau n’avait accosté depuis 3 ans. En pleine Première Guerre mondiale, le navire américain ne venait pas à leur rescousse, mais voulait vérifier si aucun bâtiment allemand n’avait fait escale sur l’île.

« On peut imaginer la stupeur des marins qui étaient venus pour sauver les oubliés de l’atoll, et qui, en entrant dans cette cabane, y ont trouvé un cadavre. Celui de Victorino Alvarez, le roi autoproclamé de Clipperton », décrit sur place Marc de Chevigny, l’envoyé spécial de TF1. De retour au Mexique, le pays le plus proche de l’île, à 1.100 kilomètres, les rescapées seront acquittées de leur « crime ». Ainsi s’est achevée la tentative d’occupation mexicaine de Clipperton. Une dizaine d’années plus tard, un arbitrage international attribuera définitivement l’île à la France qui, en retour, offrira la nationalité à tous les oubliés de Clipperton.

La rédaction de TF1info | Reportage : Marc DE CHEVIGNY, Bertrand LACHAT

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