Fournitures de bureau, papier toilette, couverts de la cantine…
Les Français sont nombreux à commettre des petits larcins au travail.
Un acte pas si anodin, comme le montre cette enquête du 20H de TF1.
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Le 20H
Des petits larcins… qui peuvent avoir de grosses conséquences. Fin mars, un quinquagénaire a été condamné (nouvelle fenêtre) à cinq mois de prison avec sursis et à 10.300 euros d’amende à verser à son employeur. Salarié d’une entreprise de Champigny, dans la Marne, il était accusé d’avoir dérobé l’équivalent de 19.000 euros sur son lieu de travail en trois ans. Papier toilette, café, produits d’entretien ou encore matériel électronique… Le méfait a été découvert par l’un de ses collègues qui lui rendait visite lors d’un arrêt maladie. Dénoncé, il a été licencié. Il a contesté le montant et affirmé avoir voulu compenser les heures supplémentaires qui ne lui étaient pas ou peu payées.
Ce cas est loin d’être isolé. Dans une étude (nouvelle fenêtre) réalisée par le sociologue François Bonnet en 2013, un tiers des salariés déclarait avoir déjà volé leur employeur. Parmi les raisons évoquées par les sociologues pour expliquer ces méfaits, le vol en interne serait un « acte politique de résistance » contre des conditions de travail vécues comme difficiles ou injustes par les employés. A contrario, les spécialistes en économie ou en droit qui se penchent sur la question ont tendance à considérer ces vols comme des « crimes contre l’entreprise et sa rentabilité« , contre lesquels il faut lutter.
« Un vol reste un vol »
Dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article, des salariés reconnaissent avoir déjà subtilisé des objets ou de la nourriture sur leur lieu de travail. « On se dit que ça ne se voit pas, que personne ne contrôle. Dans la mentalité des gens, il n’y a pas une grosse incidence, ce n’est pas un ‘vol’, puisque c’est à disposition », assure une femme face à notre caméra. « On se dit que l’employeur a assez de moyens pour assumer une petite perte », ajoute un autre.
Sur les réseaux sociaux, certains vont jusqu’à se vanter des larcins qu’ils ont commis. Une décomplexion apparente, loin des conséquences légales qu’ils encourent. « En matière de droit du travail, un vol reste un vol, quelle que soit la valeur du produit volé. Ça peut être un rouleau de papier toilette ou un ordinateur, ça sera exactement la même sanction », prévient auprès de TF1 maître Jonathan Bellaiche. Un licenciement pour faute grave peut alors intervenir. Pour les affaires les plus importantes, les salariés reconnus coupables de vol peuvent être condamnés jusqu’à trois ans de prison et 45.000 euros d’amende.
Au sein du patronat, la méthode répressive ne fait pas l’unanimité. Si certains mettent en place des dispositifs anti-vol, en mettant les fournitures de bureau sous clé ou en contrôlant le personnel par exemple, d’autres préfèrent fermer les yeux même si le vol est avéré. « Sanctionner quelqu’un qui a dix ans de maison parce qu’il a pris trois ou vingt euros d’articles, il faut réembaucher quelqu’un derrière », souligne Philippe Brunel, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) d’Eure-et-Loir, pour expliquer l’inaction de certains patrons. Un arbitrage qui dépend aussi de la gravité perçue de la faute et de la culture d’entreprise.