La France traverse une période de fragilité économique et sociale sans précédent, et les plus précaires en paient le prix fort. L’état des lieux est préoccupant. Logement, alimentation, loisirs : une frange de la population est exclue, y compris de l’offre culturelle. Dans ce contexte, le non-recours à la culture est tristement constaté. Il désigne le fait, pour un individu, de ne pas profiter des offres proposées, alors qu’il pourrait en bénéficier, et de ne pas non plus influer sur ces offres.
Les causes sont multiples : levier de réconciliation et de lien peu valorisé par la puissance publique, moyens insuffisants, difficultés d’accès aux programmations des lieux culturels, manque de communication des collectivités ou des structures culturelles porteuses, inadéquation des propositions… Et si la culture donnait toute sa place au libre choix et au plaisir ?
Dans une société où la culture demeure un marqueur de distinction sociale, il faut s’interroger sur ses effets. Pierre Bourdieu a montré qu’elle constitue un puissant facteur de différenciation. Marcel Proust, dans le salon de Mme Verdurin, fait lui aussi de la culture un synonyme de sentiment d’appartenance et, par conséquent, une manière d’exclure celles et ceux qui « n’en sont pas ». Profondément façonnée par les équilibres autant que par les inégalités de l’ordre social, la culture peut s’avérer un formidable outil d’émancipation aussi bien qu’une manière de creuser encore les fossés qui existent.
Phénomène écrasant
Pourtant, une culture inclusive est possible. Elle doit être un droit, non un privilège, ce dont sont convaincus nombre d’artistes et d’institutions. Le metteur en scène Luca Giacomoni, par exemple, développe des projets théâtraux hors norme avec des personnes détenues, exilées, en situation de handicap ou de vulnérabilité, intégrant dès la création une diffusion hors les murs, des camps de réfugiés à l’Institut du monde arabe. Fatou Ba, avec la compagnie 12:21, utilise le conte comme outil de transmission, d’expression et de préservation des langues, en recueillant la parole de personnes dites « éloignées » pour la transformer en œuvre artistique.
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