Celine, collection automne-hiver 2026-2027, présentée à Paris, le 7 mars 2026.

Le 7 mars, dans le cadre de la fashion week parisienne automne-hiver 2026-2027, l’Institut de France a accueilli le défilé de Celine. Investir ce haut lieu culturel qui abrite, quai de Conti, cinq prestigieuses académies et la bibliothèque Mazarine (la plus ancienne bibliothèque publique de France) n’est pas anodin : il dit à la fois le goût du directeur artistique Michael Rider pour la science et les arts, sa volonté de présenter la marque comme un élément du patrimoine français et aussi la confiance accordée par son propriétaire, LVMH. Car Celine n’avait pas seulement privatisé le lieu, elle avait aussi fait construire dans la cour pavée une élégante structure en bois okoumé pour accueillir les 520 invités – un investissement important.

La munificence du conglomérat de luxe est sans doute liée au fait que quelque chose frémit autour de Celine. Depuis sa première collection présentée en juillet 2025, Michael Rider a trouvé le ton juste pour exprimer l’ADN de la marque fondée en 1945 par Céline Vipiana (1920-1997), celui d’un vestiaire bourgeois mais pratique. Alors qu’il passe après deux designers de mode parmi les plus réputés pour leur talent mais aussi l’intransigeance de leur vision – Phoebe Philo et Hedi Slimane –, le discret Américain de 45 ans réussit à exprimer un nouveau point de vue, sans renier le passé.

Cette collection, plus affûtée que les deux précédentes, définit une silhouette nette, souvent noire, aux épaules et à la taille marquées, aux robes longues et aux pantalons raccourcis. Derrière son apparente simplicité, une foule de détails et d’accessoires lui confèrent son charme : des carrés de soie colorée, noués au cou ou portés à bout de bras, des petites ceintures à boucle dorée, des colliers de grigris taille XL, des souliers en satin, des lunettes de soleil à fine monture métallique et, surtout, une panoplie de sacs qu’on dirait sortis des années 1970 – les grandes heures de Céline Vipiana.

« J’aime quand les gens ont l’air d’aller quelque part, explique le designer. J’ai toujours un peu peur quand tout cela commence à trop ressembler à un défilé de mode. » En cherchant à dessiner une garde-robe « belle et durable, mais qui ne masque pas la vie intérieure chaotique de chacun », il propose une vraie collection de prêt-à-porter, c’est-à-dire qu’on a envie d’acheter ou de reproduire à son humble niveau. En associant, par exemple, un pull rouge vif à col roulé avec un cardigan en cachemire noué comme une écharpe, un pantalon velours noir et des bottines : diablement efficace.

Lurex et silicone

Le surlendemain, lundi 9 mars, Michael Rider s’est rendu au show Chanel, au Grand Palais. La maison de la rue Cambon y défile depuis 2005 et en est devenue le principal mécène. Deux jours après son arrivée en tant que directeur artistique, en avril 2025, Matthieu Blazy y a assisté au démontage d’une exposition, qui nécessitait l’utilisation de grues. « J’ai trouvé ça très beau », explique le designer, qui a voulu cette saison un décor composé de ces engins de chantier en versions colorées.

Elles symbolisent « le travail en cours » qu’il effectue chez Chanel et rappellent aussi son amour, à un plus jeune âge, pour les jouets de construction Meccano. Ce faisant, le Franco-Belge utilise la même méthode – la réminiscence enfantine – que lors de son premier défilé de prêt-à-porter, en octobre 2025, où des planètes brillantes comme des billes avaient envahi le Grand Palais.

En matière de vêtements, il ne change pas non plus une formule qui fait ses preuves. Passionné par la vie de Gabrielle Chanel (1883-1971), Matthieu Blazy semble lire tout ce qui pourrait approfondir sa connaissance. Alors que la fondatrice éludait généralement la question de ce qu’est Chanel en répondant « c’est moi », il a déniché un article du Figaro des années 1950 dans lequel elle donne une explication différente : « La mode est à la fois chenille et papillon. Soyez chenille le jour et papillon le soir. (…) Il faut des robes qui rampent et des robes qui volent. Le papillon ne va pas au marché, et la chenille ne va pas au bal. »

Le début de la collection raconte la chenille, avec toute une panoplie sobre, des vestes à col camionneur, des jupes zippées, de très jolies surchemises et un blouson en tweed d’inspiration masculine. Le tailleur, décliné dans toutes sortes de matières (en tweed, en gaze de lin, dans des fibres synthétiques comprenant du Lurex ou du silicone, dans des mailles tissées de perles) fait progresser la narration vers le lépidoptère. Jusqu’à ces étonnantes robes et manteaux en maille métallique polychrome et imprimée, qui, a priori, évoquent plutôt Paco Rabanne. « Une des dernières collections [de Gabrielle Chanel] était pleine de matériaux iridescents, presque disco », s’enthousiasme Matthieu Blazy.

Newsletter

« Le goût du Monde »

Voyage, mode, gastronomie, design : le meilleur de l’art de vivre, dans votre boîte e-mail

S’inscrire

Newsletter

« M International »

Mode, culture, politique… Découvrez la newsletter qui réunit le meilleur du Mag, en anglais !

S’inscrire gratuitement

Toute sa collection, même les pièces qui paraissent le plus éloignées de Chanel, comporte des références documentées à la fondatrice ; et c’est sans doute ce qui participe à la grande cohérence de l’ensemble. Le designer travaille non seulement sur l’esthétique et le confort des vêtements et des accessoires, mais aussi sur leur raison d’être. Il crée des collections riches et variées en convoquant Gabrielle Chanel, qui a laissé un des plus beaux héritages de la mode française. Et en lui offrant le regard frais et espiègle d’un enfant qui a trouvé son plus beau jouet.

Share.
Exit mobile version