Pierre Bourgois est maître de conférences en science politique à l’Université catholique de l’Ouest (Angers) et auteur du Néoconservatisme américain. La démocratie pour étendard (PUF, 2023). La pensée néoconservatrice a longtemps guidé l’action américaine au Moyen-Orient, notamment lors de la présidence de George W. Bush [2001-2009] et de sa guerre contre l’« axe du Mal », en 2002. Pierre Bourgois analyse les interventions extérieures de l’actuelle administration Trump au regard du mouvement néoconservateur.
L’intervention en Iran rapproche-t-elle Donald Trump des néoconservateurs américains ?
Trump s’est toujours opposé à eux. Pour les néoconservateurs, la défense d’un interventionnisme américain au nom de la démocratie demeure centrale. C’est l’idée selon laquelle les Etats-Unis doivent agir comme un « gendarme du monde ». Or, alors qu’il n’était encore, en avril 2016, que candidat à la Maison Blanche, Donald Trump avait affirmé qu’il n’enverrait plus de soldats américains se faire tuer pour des guerres sans fin au Moyen-Orient. Le phénomène Trump en politique étrangère témoigne à cette période d’une réaction aux quinze années passées – du virage interventionniste néoconservateur post-11-Septembre de George W. Bush à l’incapacité de désengagement de Barack Obama.
On croyait alors à un retour de l’isolationnisme américain…
Trump n’est pas isolationniste. Il est jacksonien (d’après Andrew Jackson, le septième président américain, de 1829 à 1837). Le jacksonisme, cette approche de politique étrangère analysée par l’universitaire Walter Russell Mead, mêle isolationnisme et réalisme : il s’agit, pour résumer, d’être relativement réservé vis-à-vis des interventions à l’international, sauf lorsque l’honneur et la crédibilité des Etats-Unis sont en jeu, ce qui nécessite alors une utilisation ponctuelle, mais décomplexée, de la force armée. Ainsi, l’Amérique n’aurait pas vocation à se lancer dans des grandes aventures au nom de la démocratie, comme le souhaitent les « neocons », qui honnissent, eux, l’isolationnisme et les visions dénuées d’ambitions idéalistes.
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