Ni ange ni démon, sauf pour ceux qui veulent le croire. Voilà la conclusion à laquelle parvenait, il y a plus de dix ans déjà, le spécialiste Lucyan David Mech dans un article mettant en garde contre la diffusion d’une image déformée du loup. Phénomène pourtant toujours d’actualité et qui s’amplifie, même si personne – espérons-le – n’envisage sérieusement que pour se faire accepter, le carnassier doive devenir, comme dans une publicité récente, un végétarien enthousiaste. Toujours est-il qu’une perception trop biaisée du prédateur ne peut que nuire à l’animal et à ceux chargés de sa gestion, écrivait alors l’expert américain.

Le retour du prédateur – animal éminemment politique – dans nos paysages cristallise les tensions entre les mondes urbains et ruraux, entre surdiplômés et ceux qui ne le sont pas, entre « localistes » et « mondialistes ». A un extrême, le loup est considéré comme une menace existentielle pour le pastoralisme, un braconnier incontrôlé d’ongulés sauvages, une calamité imposée par les villes, Paris et Bruxelles notamment, au mépris d’un monde rural qu’il convient de défendre. A l’autre extrême, le prédateur est un revenant fêté, un ambassadeur du sauvage qu’il faut continuer de protéger au plus haut niveau, un sage bienfaiteur de la nature qui régule les populations de proies détruisant la végétation.

A la lumière des données disponibles et des résultats récents de la recherche scientifique, tout cela est pourtant très excessif. Il est irresponsable de minimiser les difficultés liées au défi de bien protéger les troupeaux domestiques d’un prédateur capable de contourner les mesures de protection, mesures dont nous sommes par ailleurs incapables d’évaluer correctement l’efficacité.

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