« Mon refuge et mon orage » (Mother Mary Comes to Me), d’Arundhati Roy, traduit de l’anglais (Inde) par Irène Margit, Gallimard, « Du monde entier », 398 p., 24 €, numérique 17 €.

Arundhati Roy avait quitté la fiction comme on quitte un champ de bataille encore fumant. Après le succès mondial du Dieu des Petits Riens (Booker Prize 1997 ; Gallimard, 1998), après Le Ministère du bonheur suprême (Gallimard, 2018), l’écrivaine indienne avait semblé déplacer le centre de gravité de son œuvre vers l’essai politique, la dénonciation sans fard du nationalisme hindou, du capitalisme débridé, du saccage des ressources naturelles, de la violence d’Etat.

Ce n’était pas une désertion de la littérature, mais une radicalisation de son usage : Roy écrit comme on jette son corps en travers de l’histoire. Si elle s’était éloignée de la fiction, c’est que le réel, en Inde, avait cessé d’être romanesque pour devenir incendiaire. Trop urgent pour être transfiguré.

Mon refuge et mon orage marque un retour au récit. A une prose narrative ondulant à la frontière des Mémoires, de l’autoportrait intellectuel et du requiem intime. On y entre, non par le grand portail de l’invention, mais par la porte dérobée du portrait : celui de la mère de l’autrice, Mary Roy, professeure dans un village du sud de l’Inde, excellente pédagogue et féministe pionnière, adulée dans sa région du Kerala pour y avoir fondé une école qui existe toujours. Commencé à sa mort, à 88 ans, en 2022, ce texte d’une grande beauté littéraire lui est dédié : « A Mary Roy, qui n’a jamais dit tant pis. »

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