On a cherché dans le dictionnaire une expression plus élégante qu’« à côté de la plaque ». Il nous a proposé « hors sujet », « aux fraises », « aberrant ». Rien qui permette de décrire ce sentiment que le débat public sur le monde du travail semble souvent éloigné de la réalité du terrain, des faits, des chiffres.
Prenons la question récurrente de l’assurance-chômage, qui préoccupe de nouveau le gouvernement, alors que trois réformes ont déjà eu lieu en 2019, 2023 et 2025. A chaque fois, pour durcir les droits à l’indemnisation, réduire leur durée et leur montant. Comme si le système était trop confortable pour inciter les demandeurs d’emploi à rechercher du travail.
Mais que disent les chiffres, publiés annuellement par France Travail et actualisés le 11 février ? Qu’à la fin mars 2025, seuls 46 % des inscrits à France Travail (des principales catégories, A, B ou C) ont effectivement perçu une indemnité. Et que, parmi eux, un sur deux a touché une allocation inférieure à 1 151 euros par mois (trois sur quatre moins de 1 512 euros), alors que le smic sur la période s’élevait à 1 426 euros net. Pourquoi ne discute-t-on jamais du confort autorisé par 1 151 euros mensuels ?
Le même type de raccourci pollue le lancinant débat des « tensions de recrutement » et des « offres non pourvues », qu’Emmanuel Macron a ancré dans les mémoires par sa réplique à un jeune horticulteur en 2018 : « Du travail ? Je traverse la rue, je vous en trouve. » Réduisant le problème à un enjeu de motivation des candidats. A-t-on jamais vu un employeur dans le besoin se voir répondre qu’il n’a qu’à traverser la route pour trouver un chômeur ? Ils sont pourtant 3,3 millions, selon France Travail. Or, tous ceux qui se sont sérieusement penchés sur la question savent que le nœud principal est ailleurs.
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