• L’Ordre des pharmaciens a alerté à plusieurs reprises sur des dispositifs de dépistage en téléexpertise couplé à de l’IA.
  • Une alternative qui peut être une première réponse à la pénurie de spécialistes, mais qui a ses limites.
  • TF1info fait le point à l’occasion de la journée mondiale contre le cancer.

L’IA peut-elle remplacer un dermatologue ? La question se pose alors que la France connaît une pénurie de spécialistes, passés de 3.546 à 2.880 en dix ans. Face à cette situation, les patients se tournent vers les généralistes, les pharmaciens… et parfois la téléconsultation assistée de l’IA. Ce dispositif, utilisé dans près de 500 officines, ne fait pas forcément l’unanimité. L’Ordre des pharmaciens rapporte depuis quelques mois des signalements de « patients faussement rassurés » ou de « retards de diagnostic ». On fait le point à l’occasion de la journée mondiale contre le cancer.

Face à la pénurie, l’IA est-elle une solution ?

Le principe est simple : l’examen se fait à l’aide d’un dermatoscope, sorte de loupe utilisée pour examiner une lésion ou un grain de beauté suspect. Le recours à l’IA permet ensuite de poser un premier diagnostic, avant une téléconsultation dermatologique. 

L’intelligence artificielle peut alors apporter une aide précieuse, à condition de faire la part des choses. « Il est illusoire de penser qu’une IA seule, aujourd’hui, peut remplacer un dermatologue », précise d’emblée Jérémy Lupu, onco-dermatologue à l’hôpital Gustave Roussy de Villejuif et en libéral.

Selon ce spécialiste, ce dispositif comporte une faiblesse dès lors qu’il est utilisé pour examiner une seule lésion suspecte. Il rappelle qu’un dépistage viable ne peut se faire que si un spécialiste examine tout le corps du patient et interprète ensuite les résultats de l’IA. « Une fois qu’un dermato a dit ‘c’est rassurant’, est-ce qu’on s’arrête là ? Ici, il manque une étape clé : quelles sont les lésions qu’on envoie » en analyse ?, souligne-t-il. Selon lui, « l’IA est très utile dans le cadre d’un suivi, avec des photos de grains de beauté d’une année sur l’autre, car elle détecte des changements que l’œil humain ne peut pas voir. »

Autre point de vigilance relevé par l’Ordre des pharmaciens : le matériel. L’organisme insiste sur le fait que tout logiciel « revendiquant une finalité médicale doit obligatoirement disposer d’un marquage » attestant de sa conformité aux normes européennes. 

Que faire si l’on ne trouve pas de spécialiste près de chez soi ?

En France, quatre départements ne comptent aucun dermatologue : l’Ariège, l’Indre, la Lozère et la Nièvre. « Des choses ont été faites pour limiter la pénurie : sur 80% du territoire, il y a un dermatologue accessible à moins de 50 kilomètres », affirme Jérémy Lupu, qui reconnaît que les zones rurales sont les plus touchées.

Par ailleurs, « certains médecins généralistes formés à la dermatologie » peuvent donner un premier avis. Enfin, « la téléconsultation permet d’orienter vers le dermatologue en cabinet ou à l’hôpital le plus proche pour permettre un examen physique », complète le spécialiste.

Quels réflexes adopter pour repérer et prévenir une lésion ?

« Dans 90% des cas, les cancers de la peau sont dus à une exposition trop longue ou trop intense au soleil », ajoute Jérémy Lupu. « Protéger les enfants est très important, car les coups de soleil dans l’enfance augmentent le risque de cancer de la peau à l’âge adulte », souligne le médecin, qui rappelle les bonnes pratiques pour prévenir le risque. En cas d’exposition, il est nécessaire de porter des vêtements couvrants, casquettes et lunettes de soleil, mais aussi appliquer de la crème solaire. Un indice de protection 30 au minimum est recommandé, selon l’Assurance maladie. « L’utilisation d’une crème solaire indice 50 anti-UVB et anti-UVA est préférable et indispensable pour les enfants », ajoute le site.

Il convient aussi de s’auto-évaluer : les personnes à peaux claires, avec des antécédents, sont par exemple plus à risque. Enfin, il peut être utile de « se prendre soi-même en photo d’une année sur l’autre, sur tout le corps » pour permettre à un médecin de mieux identifier d’éventuelles lésions suspectes. « Une préoccupation majeure de santé publique », alors que selon Santé publique France, entre 141.200 et 243.500 cas de cancers de la peau sont diagnostiqués chaque année.

Louan DENIEL

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