Pour manger mieux, il faut produire mieux : des aliments de qualité, accessibles à tous, qui rémunèrent dignement les agriculteurs. Voilà ce que nous répondons à la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, qui brandit le « produire plus » dans le contexte du Salon de l’agriculture. Oui, l’agriculture française est confrontée à des défis majeurs. Mais les interpréter à l’aune d’un supposé déclin et en conclure qu’il faudrait produire toujours plus pour exporter davantage, et lever les contraintes environnementales pour y parvenir, conduit à occulter d’autres réalités essentielles. La balance commerciale ne peut être la seule boussole de la politique agricole.

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Rappelons d’abord que la France est très largement excédentaire en céréales, produits laitiers, sucre, pommes de terre, viande de porc, vin par exemple. Sur bien des productions, on produit déjà trop ! De plus, comme l’a montré le Prix Nobel d’économie 1998 Amartya Sen, l’insécurité alimentaire est d’abord une question de pauvreté plutôt que de disponibilités alimentaires. Aujourd’hui, de 7 millions à 11 millions de personnes en France sont en insécurité alimentaire, non parce qu’on manque de nourriture, mais parce qu’elles sont trop pauvres pour acheter de quoi manger correctement. Et parce que la nourriture la moins chère qui leur est accessible, trop grasse, sucrée et salée, est risquée pour leur santé. Produire et exporter plus ne nourrira pas mieux les Français.

Avec le modèle actuel, plus l’agriculture est productive, plus elle a des coûts cachés importants : émissions de gaz à effets de serre ; pollutions massives par les nitrates, pesticides, antibiotiques ; effondrement de la biodiversité dû à ces pollutions et à la destruction des haies. De fait, l’agriculture française est bien loin d’être « la plus propre du monde ». Les maladies liées à l’exposition aux pesticides – en premier lieu pour les travailleurs agricoles – explosent, mais aussi celles liées à l’alimentation : obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, certains cancers. Ces coûts se retrouvent supportés par le système de santé, les ménages et l’ensemble de la collectivité. Ils ont été estimés par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à 156 milliards d’euros pour la France en 2020, alors que la valeur ajoutée agricole et agroalimentaire était de 74 milliards d’euros seulement. Autrement dit, ce que l’agriculture gagne en productivité est perdu ailleurs.

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