• Dans un spectaculaire revirement, le président américain Donald Trump évoquait lundi 23 mars des « négociations » avec un responsable iranien non identifié.
  • Selon un responsable israélien, il pourrait s’agir de Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du Parlement iranien.
  • Celui-ci semble jouer un rôle clé dans la conduite de la guerre.

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L’Iran attaqué par les États-Unis et Israël, vers une quatrième semaine de guerre

Les frappes américano-israéliennes ont tué, en trois semaines de guerre, de nombreux hauts responsables politiques et militaires iraniens, mais plusieurs figures clés ont survécu, dont le puissant président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf. Selon les experts, le pouvoir de ce pilier de l’establishment depuis près de trois décennies s’est encore renforcé après la mort du Guide suprême Ali Khamenei et du chef de la sécurité Ali Larijani. 

« C’est la personnalité qui est vraisemblablement en charge de superviser l’effort de guerre et la stratégie », indique à l’AFP Farzan Sabet, chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève. Il dispose, selon lui, « de solides liens trans-factions et institutionnels », établis lors de ses passages chez les Gardiens de la révolution, à la tête de la police de Téhéran, à la mairie de la capitale et à la présidence du Parlement. 

Un poids qui pourrait en faire un interlocuteur privilégié des États-Unis. D’après le site d’informations Axios, Mohammad Bagher Ghalibaf se serait entretenu avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner. Mais l’intéressé a démenti, sur X, affirmant lundi qu’il n’y avait « pas de négociations » avec Washington. « De fausses informations sont utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et sortir du bourbier dans lequel les États-Unis et Israël sont enlisés », a-t-il ajouté. 

Le ministère des Affaires étrangères iranien a toutefois reconnu avoir reçu via des « pays amis » des « messages transmettant une demande américaine de négociations«  pour faire cesser le conflit. Selon Axios et l’agence de presse Reuters, Steve Witkoff et Jared Kushner, et possiblement le vice-président JD Vance, pourraient rencontrer une délégation iranienne dès cette semaine au Pakistan.

L’homme le plus puissant d’Iran est probablement aujourd’hui Ghalibaf.

Arash Azizi, enseignant à l’université de Yale

Alors que le fils et successeur d’Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei, probablement blessé, n’est pas apparu en public et n’a publié que trois déclarations écrites, Mohammad Bagher Ghalibaf a, lui, multiplié les prises de parole sur X ou lors d’interviews. « Nous sommes dans une guerre inégale, avec une configuration asymétrique ; nous devons agir et utiliser des équipements propres à notre culture, nos moyens et notre créativité », a-t-il par exemple déclaré à la télévision iranienne mercredi 18 mars. Cependant, sans doute conscient de la menace qui pèse sur sa propre sécurité, il ne s’est pas, contrairement au défunt Ali Larijani, montré publiquement lors du rassemblement en soutien à la cause palestinienne vendredi dernier.

« L’homme le plus puissant d’Iran est probablement aujourd’hui Ghalibaf », a estimé Arash Azizi, enseignant à l’université de Yale, car c’est « une figure rare dont le portefeuille chevauche les fonctions militaires, sécuritaires et politiques du régime ». À 64 ans, Mohammad Bagher Ghalibaf a en effet accumulé une vaste expérience à la fois militaire et civile. Connu pour son ambition farouche, il s’est présenté à plusieurs reprises à l’élection présidentielle sans jamais réussir, notamment lors du scrutin de 2005 où il a été évincé au profit de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. 

Pilote qualifié, Mohammad Bagher Ghalibaf a combattu pendant la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988, gravissant les échelons pour atteindre le sommet de la hiérarchie militaire à la fin des années 1990, lorsqu’il est devenu commandant des forces aérospatiales naissantes des Gardiens. Il a ensuite été nommé commandant de la police nationale en 1999. Après sa défaite à la présidentielle de 2005, il est élu maire de Téhéran, poste qu’il occupe depuis 12 ans. Ses partisans ont salué son approche pragmatique de la gestion municipale tandis que ses détracteurs mettaient en avant les accusations de corruption ayant entaché son mandat.

Les organisations de défense des droits humains l’ont en outre accusé d’avoir joué un rôle clé dans la répression des mobilisations contre le pouvoir, des protestations étudiantes de 1999 aux manifestations de janvier.  Mohammad Bagher Ghalibaf a été élu président du Parlement en 2020, plaidant pour des réformes économiques et un renforcement du contrôle parlementaire tout en restant aligné sur les principes centraux de la République islamique.

Il a prédit que la guerre allait remodeler le Moyen-Orient, mais pas aux conditions de Washington. « L’ordre qui va s’installer ici sera différent, mais ce ne sera pas un ordre dans lequel la volonté des États-Unis prévaudra », a-t-il estimé dans une interview vidéo enregistrée, diffusée par l’agence de presse Tasnim et d’autres médias. 

Virginie FAUROUX

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