- Les « noodle boys », des acteurs à la silhouette frêle, bousculent Hollywood.
- Leur physique androgyne et leur sensibilité redéfinissent les codes de la masculinité.
- Ces figures vulnérables reflètent une recherche d’authenticité, chère aux nouvelles générations.
Exit les muscles et la testostérone. Au cinéma, les nouvelles coqueluches sont loin d’avoir des pectoraux saillants et des biceps à faire pâlir Popeye. Timothée Chalamet (nouvelle fenêtre), Jacob Elordi, Pierre Niney ou encore Finn Wolfhard (Stranger Things
) ont remplacé The Rock, Vin Diesel et les autres Chris Evans et leurs muscles hypertrophiés. Ces hommes à la silhouette longiligne et à la mâchoire anguleuse sont surnommés les « noodle boys
« . Une expression que l’on peut traduire en français par les « garçons nouilles », un surnom certes peu flatteur.
L’Urban Dictionary (nouvelle fenêtre) ironise en définissant le « noodle boy
» comme étant un jeune « hominidé mâle dépourvu de force et de masse musculaire. Une créature chétive, faible et impuissante, adorée des brutes
« . En résumé : c’était la cible préférée des tyrans dans les films et séries. Longtemps moqué pour son physique, sa sensibilité (nouvelle fenêtre)et sa vulnérabilité assumée, ce profil d’homme devient de plus en plus populaire aujourd’hui et il vient même bousculer les codes de la masculinité.
Une version plus vulnérable du masculin
Leur physique androgyne, leurs traits fins et leur visage délicat rompent avec les anciennes figures dominantes hollywoodiennes qui nous attiraient autrefois. Ils illustrent un changement dans la perception de la virilité et s’ils fascinent, c’est parce qu’ils bouleversent les codes esthétiques, les codes du genre, voire ce que signifie être « un homme ». « Il existe un véritable désir d’avoir autre chose que ce type de masculinité blanche agressive, belliqueuse et ouvertement prédatrice
« , explique Jeffrey McCune, professeur à l’université de Rochester, dans The New York Times.
« Pendant des années, les hommes musclés ont été présentés comme l’idéal, car ils représentaient la force, la protection… Mais aujourd’hui, nous accordons plus d’importance à d’autres qualités, comme la connexion émotionnelle, l’empathie et l’authenticité
« , souligne Alicia González, psychologue spécialisée dans les relations, interrogée par Cosmopolitan
. Or, d’après elle, cette « nouvelle masculinité », portée par des hommes qui ne projettent pas une image de force, d’invulnérabilité ou de domination, permet aux autres hommes de mettre l’accent sur la sensibilité.
Toujours dans le New York Times
(nouvelle fenêtre), le professeur de cinéma Drew Ayers note que c’est leur personnalité, leur approche « introspective de la masculinité
» qui leur donne une autorité plus subtile que les modèles traditionnels. Harry Styles, Paul Mescal ou Mark Eidelstein (Anora) plaisent aux jeunes générations à la recherche d’une version plus vulnérable de l’idéal masculin.
Cette masculinité douce serait positive parce que cela signifie qu’il « n’est pas nécessaire d’être fort, mais plutôt sensible, pour être un bon ami ou partenaire »
, explique Erick Pescador Albiach, sociologue et sexologue à Cosmopolitan
(nouvelle fenêtre). Et d’ajouter : « Rompre avec les normes masculines traditionnelles implique une forme d’érotisme masculin différente, qui va bien au-delà des abdos sculptés
« . Pour Harry Styles, qui ne cesse de se jouer des codes du genre, « il y a même beaucoup de masculinité à être vulnérable et à s’autoriser à être féminin
« , disait-il au magazine I-D. Mieux : il assurait même être « très à l’aise avec ça
« .

