Le succès de Paris 2024 a permis à la France de projeter, par-delà ses frontières, une image d’excellence dans la tenue et l’accueil d’un événement mondial. Moins de deux ans plus tard, la crise qui secoue le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2030, dans les Alpes françaises, risque de dilapider cet héritage. La mise à l’écart de Cyril Linette de son poste de directeur général, mercredi 25 février, après une succession de départs au sommet de l’organigramme de l’instance, résonne comme un ultime avertissement quant à la nécessité de reprendre le contrôle sur un projet mal engagé, à quatre ans de l’échéance.

Lire aussi | Cyril Linette écarté de son poste de directeur général du comité d’organisation des Jeux olympiques 2030

Ces Jeux d’hiver ont été attribués à la France en juillet 2024 sans que les conditions d’un pilotage solide et indépendant aient été réunies. Aujourd’hui, le comité est une structure fragilisée, avec des responsabilités diluées et une instabilité managériale qui alimente l’inquiétude des partenaires comme celle de l’opinion publique.

Le péché originel est celui d’une coorganisation entre deux régions, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Faute d’en faire un projet partagé, ces Jeux sont devenus l’objet de compromis entre des exécutifs régionaux surtout soucieux de préserver leurs intérêts respectifs. Cette dérive avait largement dissuadé l’ex-biathlète Martin Fourcade de prendre la présidence du Comité d’organisation des Jeux. Finalement désigné pour occuper la fonction, Edgar Grospiron se retrouve aujourd’hui prisonnier de rapports de force politiques, où la recherche de visibilité l’emporte trop souvent sur la cohérence globale de l’organisation.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Pour les Jeux des Alpes 2030, un compte à rebours lancé en pleine tourmente

Ces dysfonctionnements pèsent sur l’équation économique. Le budget prévisionnel repose sur une forte contribution du secteur privé, alors même que l’instabilité du projet décourage les sponsors. Plus les financements privés tardent, plus la tentation d’un recours à l’argent public grandit, au détriment des collectivités et des contribuables.

Absence de débat démocratique

La dimension environnementale, souvent mise en avant dans le discours officiel, apparaît elle aussi instrumentalisée. Ces Jeux se veulent exemplaires, mais continuent de s’appuyer sur une approche de la montagne rendue obsolète par le réchauffement climatique. Le projet de construction d’une nouvelle patinoire dans une cité balnéaire – en l’occurrence Nice –, pour 138 millions d’euros, alors qu’il en existe déjà une adaptée à Lyon, est l’exemple même de ce qu’il ne faut plus faire.

Fabrice Pannekoucke, président de la région Rhône-Alpes, et Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, lors de la cérémonie officielle de retour de la délégation française des athlètes des JO de Milan-Cortina, à Albertville (Savoie), le 23 février 2026.

L’absence de débat démocratique réel fragilise la légitimité de Jeux attribués dans la précipitation. Les oppositions citoyennes, désormais organisées et judiciarisées, ne prospèrent pas sur une hostilité de principe au sport, mais sur le sentiment d’une décision imposée d’en haut, sans mandat clair. Il est utile de rappeler l’exemple de Denver, qui avait été désigné en 1970 pour accueillir les JO d’hiver de 1976, avant que l’Etat du Colorado fasse voter les citoyens. Leur désaccord devant l’ampleur des coûts économiques et écologiques avait conduit la ville à renoncer, et l’événement avait finalement été confié à Innsbruck (Autriche).

En laissant les régions piloter l’essentiel du projet des Alpes 2030 tout en conservant un rôle ambigu, l’Etat a créé un système où personne ne décide vraiment, mais où chacun cherche à peser. Un sursaut politique s’impose. Il faut remettre de l’ordre dans la gouvernance, définir des priorités avec l’assentiment des populations concernées et accepter que certains choix, y compris symboliques, soient revus ou abandonnés. Il est encore temps de redonner au projet un sens qui ne soit pas limité au seul intérêt des baronnies locales.

Le Monde

Share.
Exit mobile version