Les ruptures de stock sur les médicaments ont connu un pic inquiétant depuis la crise sanitaire, mais le phénomène se résorbe peu à peu, selon une étude des autorités de santé.
Toutes les familles de médicaments ont été concernées par ces ruptures, mais certaines ont été particulièrement affectées, notamment celles du système cardio-vasculaire ou encore le paracétamol.
Si la situation s’améliore en général, le niveau de ruptures reste malgré tout « historiquement élevé ».

C’est un bilan en mi-tente que livrent les autorités : les ruptures de stock de médicaments déclarées par les industriels ont reculé l’an passé en France, mais leur nombre reste malgré tout « à un niveau historiquement élevé » (nouvelle fenêtre). Avec des hausses significatives ces dernières années, on observe un « reflux » certes « continu » mais « lent », selon une étude publiée ce jeudi 27 mars par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), en collaboration avec l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Toutes les familles de médicaments ont été touchées par ces tensions, mais pas toujours dans les mêmes proportions. 

Les laboratoires doivent informer l’ANSM, dès qu’ils en ont connaissance, de tout risque de rupture de stock ou de toute rupture de stock relative à l’un des 10.000 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), la catégorie la plus utile pour la santé. D’après cette publication (nouvelle fenêtre), qui s’est appuyée sur ces déclarations des industriels, les ruptures de stocks se sont accélérées depuis le Covid-19, notamment lors d’une vague qui a suivi l’année 2021. 

Aucune classe thérapeutique n’a alors été épargnée durant cette période, mais certains traitements ont été plus affectés que d’autres, relève l’étude. Les déclarations « se sont concentrées sur un nombre limité de classes de médicaments », mais des grandes tendances ont tout de même été repérées.

Les tensions concentrées sur quatre classes de médicaments

Ainsi, sur quatorze classes de médicaments, « près des trois quarts des déclarations » concernaient quatre d’entre elles seulement. Tout d’abord les médicaments du système cardio-vasculaire, qui représentent 30% des déclarations. Puis ceux destinés au système nerveux (20%), « dont une part importante concerne le paracétamol », souligne le document. D’importantes pénuries, en officines (nouvelle fenêtre), de médicaments à base de la molécule avaient été signalées au cours de l’année 2022, notamment sur les comprimés de Doliprane (nouvelle fenêtre). Viennent enfin les antibiotiques (14%) et les médicaments du système digestif (environ 10%). 

La situation s’est encore dégradée à l’hiver 2022-2023, marqué par un pic de ruptures de stock : ce fut le cas de quelque 800 médicaments destinés aux pharmacies. Avec une décrue progressive, à partir du printemps 2024. À la fin de l’année écoulée, ils étaient moité moins à manquer, à savoir « environ 400 » médicaments, « un niveau certes en retrait par rapport au pic mais encore élevé », selon l’étude. 

Coulisses : d’où viennent les médicaments de nos pharmacies ?Source : JT 20h Semaine

02:57

Ce reflux s’explique notamment par une meilleure disponibilité des médicaments du système cardio-vasculaire : le nombre de signalements de cas de rupture montait à un peu plus de 300 par jour au premier semestre 2023, il est passé à moins de 200 au deuxième semestre 2024. 

La situation s’est aussi améliorée pour les antibiotiques et notamment l’amoxiciline, bien que cela ait été observé « dans une moindre mesure ». Lundi, l’ANSM avait indiqué dans un communiqué que les médicaments à base d’amoxicilline étaient désormais disponibles en quantité suffisante (nouvelle fenêtre) pour couvrir les besoins des patients. Du côté des médicaments du système digestif et du système nerveux, les dossiers de rupture ont aussi « significativement » diminué, mais uniquement à partir de l’année 2024.

Un risque de rupture encore prégnant pour certains médicaments

Par ailleurs, certains traitements sont restés longtemps concernés non pas par des ruptures, mais des risques de rupture : « une fois le pic de rupture atteint, un pic de risque de rupture arrive quelques mois après généralement, mais pas toujours », explique l’étude. Ainsi, le nombre d’antibiotiques concernés (nouvelle fenêtre) par ces risques a par exemple continué « d’augmenter jusqu’au troisième trimestre de 2024, en dépit du reflux des dossiers de rupture ».

Pour certains médicaments, le risque de rupture est même reparti légèrement à la hausse l’an passé. Ce fut le cas pour les traitements de lutte contre le cancer, des « antinéoplasiques et agents immunomodulants », qui ont atteint la barre des cent médicaments touchés par ce risque chaque jour au deuxième semestre 2024. Pour les médicaments du système respiratoire également, « le nombre de dossiers en cours ne redescend pas significativement en 2024 », souligne l’étude. Plus généralement, pour les mois à venir, il faut rester « extrêmement prudents », a estimé Catherine Paugam-Burtz, la directrice générale de l’ANSM. 

À noter toutefois qu’une rupture de stock n’est pas équivalente à une pénurie : un médicament peut être en rupture sans pour autant être indisponible en pharmacie (nouvelle fenêtre). Mais ces ruptures ou risques de rupture pèsent évidemment sur les ventes des industriels, a fortiori si ces tensions s’étirent dans le temps. Et les patients peuvent être touchés, au bout de la ligne. 

Par exemple, « sur les 55 déclarations ouvertes en novembre et en décembre 2022 suivies d’une baisse de ventes de plus de 75% les six mois après le début de la rupture, les dispensations de médicaments aux patients ont chuté de 30% entre 2022 et 2023 », pointe la publication. Par ailleurs, le report vers d’autres traitements peut avoir ses limites, risquant de créer des ruptures sur ces alternatives. 

Maelane LOAEC avec AFP

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