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Quatuor Hermès
Echoes of Vienna
Wolfgang Amadeus Mozart : Quatuor à cordes n° 15, K. 421. Anton Webern : Langsamer Satz. Erich Wolfgang Korngold : Quatuor à cordes n° 2, op. 26. Quatuor Hermès.

Nec plus ultra d’un genre élevé au firmament de l’esthétique classique par Joseph Haydn (1732-1809), auquel il est dédié, le Quatuor à cordes n° 15, de Mozart, illustre la perfection. Le Quatuor Hermès aussi. L’interprétation de la formation fondée en 2008 ne se contente pas de répondre aux exigences du compositeur. Elle les assimile avec une facilité confondante. L’élégance dans l’action (allegro), la grâce dans la nuance (andante), tout y est, sans oublier les variations mirifiques de la texture. Représentant de la seconde école de Vienne, Anton Webern (1883-1945) n’évoque pas ses prestigieux devanciers de la première école de Vienne (Mozart, Haydn) avec son Langsamer Satz (« mouvement lent ») au lyrisme frémissant, mais plutôt la peinture aux courbes sensuelles de son contemporain Gustav Klimt, membre de la sécession viennoise. Admirable au service de l’équilibre classique, le Quatuor Hermès l’est encore dans le dosage d’un postromantisme sans pathos. Et, in fine, dans la gestion magistrale de ces héritages par un Korngold (1897-1957) tourné vers le cabaret, voire le cinéma. Pierre Gervasoni
La Dolce Volta/Outhere Music.
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Mitski
Nothing’s About to Happen to Me
Depuis qu’elle est sortie de la confidentialité en 2022 avec Laurel Hell, un sixième album de pop synthétique, Mitski a imposé sa voix, tour à tour douce et colérique, comme une des plus singulières du circuit indépendant. On avait pu voir en cette musicienne, née d’un couple nippo-américain, une héritière tardive du grunge, sinon de l’emo, avec ses chansons axées sur les difficultés relationnelles, mais la résidente de Nashville (Tennessee) a brouillé les pistes depuis The Land Is Inhospitable and So Are We, en 2023, en adoptant aussi la culture locale, une country mélodique aux arrangements pop, soigneusement réalisés par Drew Erickson. C’est sur ce terreau que prospère encore ce nouvel album placé sous le signe de ces compagnons de solitude que sont les chats. Les onze chansons de Nothing’s About to Happen to Me sont d’une qualité homogène, d’In a Lake, somptueuse ballade avec accordéon et banjo, aux guitares agressives façon Pixies de Lightning, une influence que l’on retrouve plus explicitement dans Where’s My Phone ? et If I Leave. Le glaçant Dead Women est traversé par le fantôme de la noyée Virginia Woolf. L’enfer, c’est les autres (à commencer par le voisinage), fait entendre cette autrice de premier ordre qu’est Mitski. Mais aussi soi-même autour de ce motto : « Si je suis sombre/ C’est pour mieux refléter le clair de lune/ Si je pleure/ C’est pour mieux contempler le lever du soleil. » Bruno Lesprit
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